L'Euro s'envole comme une enclume, par Olivier Perrin (Le vaillant petit économiste)

Publié le par ERASME

Depuis le début de l’année, l’Euro monte face au Dollar américain : 

 
Après 3 ans de décrochage, l'Euro était passé sous les 1,05$ en décembre dernier et alors même que les analystes — dont ceux de Deutsche Bank— prévoyaient la parité entre l’Euro et le Dollar en 2017… Voici que la monnaie européenne s’envole au dessus de 1,17$ : malgré une économie fragile, malgré la crise bancaire, malgré les incertitudes du Brexit, malgré le risque terroriste. 

 ... Et cerise sur le gâteau, Monsieur Draghi à la Banque Centrale Européenne trouve que c'est une bien mauvaise nouvelle. 

Selon Le Figaro la BCE serait même "tétanisée" à l'idée d'un Euro fort. Il y a d'un côté un semblant de sorcellerie avec un Euro qui monte contre toute logique apparente et de l'autre un renversement des valeurs où l'on se plaint d'une monnaie trop forte
On marche sur la tête

Il est loin le temps du Nouveau Franc, du « Franc lourd » voulu par de Gaulle et Pinay dans le cadre de son plan pour assainir le budget de l'État et restaurer les finances et l'économie du pays — comme quoi c'est possible. 
Il est loin le temps de la "convergence" des années 1990 et du pacte de stabilité. Après des annonces tonitruantes au début de l'année :  Retour de la croissance en Europe : tenez-vous bien, avec 1,7% de croissance prévues pour 2017, le Financial Times n'hésite pas à parler d'euphorie dans la Zone Euro ; Victoire contre les populismes et même .... Fin de la crise ... 

Il aura suffit de quelques semaines pour que la réalité frappe à nouveau avec le retour de la grande crise bancaire : panique bancaire en Espagne, inquiétudes en Italie, projet de l'UE pour geler les comptes... Incertitudes présidentielles aux États-UnisBrexit et surtout, à écouter Monsieur Draghi : cette appréciation somme toute relative de l’Euro mettrait tous nos efforts par terre en pénalisant les exportations... mettant en danger la fameuse "euphorie" sur la croissance. 

Il faut dire qu’il y a de quoi être inquiet en France. Alors que le pétrole était au plancher, diminuant les importations, l’Euro au plus bas, dopant les exportations et les liquidités surabondantes, la France a tout de même réussi à établir un record de deficit sur sa balance commerciale en janvier dernier : 7,9 milliards de trou en un mois. 

Imaginez le carnage si l’Euro avait été un peu plus fort, le pétrole un peu plus cher et le crédit un peu plus resserré. 
Bienvenue c’est la rentrée et elle s’annonce compliquée. 

La BCE a raison d'être inquiète.

Un calcul simple permet de comprendre le problème : on se félicite d'une prévision de croissance de 1,7% en Zone Euro en 2017. Sur un peu moins de 11 000 milliards de PIB, cela représente une hausse d'environ 200 milliards d'euros sur l'année. Mais je vous rappelle que la BCE injecte 60 milliards d'euros par mois... soit 720 milliards d'euros par an. 
Brutalement, cela veut dire que la BCE doit imprimer 3,6 nouveaux euros pour qu'il en soit dépensé un de plus... Non vraiment cela ne tient pas.

Cela n'empêche pas un autre journal britannique The Economist de comparer Emmanuel Macron à Jesus sauvant l'Europe sur sa dernière couverture — rien de moins... Ce n'est d'ailleurs pas si bête, car il faut vraiment croire aux miracles pour penser que Monsieur Macron va sauver l'Europe de sa crise : 
D'ailleurs, The Economist est un journal particulièrement reconnu pour son manque de discernement régulier et dans les grandes largeurs. 

Ils avaient déjà imprimé cette couverture sur Le Dollar tout puissant en décembre dernier juste avant que le dollar se mette à baisser : 


Et pourquoi d'ailleurs ce Dollar baisse-t-il face à l'Euro ?

La Fed a pourtant monté ses taux à deux reprises cette année et arrêté depuis longtemps les injections de liquidité.  
Cela devrait renforcer le dollar plutôt que de le faire baisser.  

Un proverbe chinois dit: Lorsque l'enclume se met à voler au plafond, le sage ne crie pas au miracle, c'est lui qui marche sur la tête. Il se trouve que depuis que la Fed a arrêté d'injecter des liquidités aux États-Unis, ce sont les dettes qui ont pris le relais, privées et publiques et comme en Europe, il faut bien 3$ de nouvelle dette pour faire un dollar de croissance. 
Brutalement, cela veut dire que les américains acceptent de payer 3$ plus tard pour consommer 1$ tout de suite... 

La différence avec l'Europe est que des acteurs privés et publics s'endettent massivement : les ménages, les entreprises, les collectivités... Des acteurs qui sont susceptibles de faire faillite, comme en 2008, alors que le risque en Europe est concentré sur la BCE.  

La vérité de la hausse de l'Euro, c'est que le marché estime que l'économie américaine ne s'est pas remise de la crise de 2008... Elle n’est pas capable de supporter par elle-même le poids de sa dette et tous les risques qu’elle comporte.  

En Europe, le risque est "hors-marché" porté par la Banque Centrale Européenne qui rachète toutes les dettes à risque et les investisseurs préfèrent cette morphine

Peu importe que cette stratégie créée des entreprises "Zombies" : Normalement, une économie en bonne santé favorise les bonnes entreprises contre les mauvaises. Si vous ne créez pas plus plus de valeur que vous n'en consommez, vous faites faillite. 
Si vous prenez un bout de bois pour tailler des couverts à salade mais qu'ils sont tellement mal faits que le bois que vous avez utilisé a plus de valeur que les couverts que vous avez fabriqué... Alors il vaut mieux pour tout le monde que vous arrêtiez tout de suite. Mais si la BCE rachète toutes vos dettes, la banque peut bien continuer à vous prêter de l'argent et vous à utiliser du bon bois pour faire vos mauvais couverts. 
La politique de la BCE fausse tout le jeu économique. Ce n'est pas celui qui est le plus utile et le plus efficace qui est récompensé, c'est celui qui est le plus proche du biberon à liquidités de la BCE, le mieux introduit. C'est le temps des copinages et il n'est pas prêt de cesser : 

En faisant monter l'Euro, le marché force Draghi à continuer sa politique monétaire ultra-accommodante, à laisser l’économie européenne sous morphine. 

On sait depuis 2009 que les politiques monétaires accomodante, comme une morphinesoulagent le douleur, mais empêchent les réformes et tuent à petit feu
Nous sommes arrivés aujourd'hui à un point de non-retour où le sevrage de nos économies est devenu plus dangereux que le risque d'overdose.
 

Ils préfèrent investir chez le drogué sous perfusion que celui en rémission... Et s'assurent que le drogué reste sous perfusion.  

C'est comme cela que l'on arrive à ce paradoxe très dérangeant : le marché préfère acheter la monnaie faible que la monnaie plus forte... Il ne reste plus à la BCE qu'à affaiblir encore plus sa monnaie plutôt que d'asphyxier son économie ébettée. 
Cette aversion nouvelle des marchés pour les monnaies fortes se fait au détriment des particuliers. Car vous, chère lectrice, cher lecteur, bénéficieriez d'une monnaie qui, bien placée, rende des intérêts et vous permette de prévoir l'avenir au lieu de vous obliger à consommer pour poursuivre une croissance chimérique.
  

Aujourd'hui il n'existe que deux classes de monnaies réellement fortes

La première est bien connue : l'or et les métaux précieux, ce que j'appelle l'assurance chaos, à détenir absolument, non pas comme un placement ou en vu d'un rendement mais comme une assurance

La deuxième classe sont les crypto-monnaies : BitcoinEthereum... Ces monnaies ont été conçues pour être fortes : la création de nouveaux Bitcoins est strictement limitée et baisse d'année en année selon une formule qui limite la quantité maximale de Bitcoin à 21 millions : pas de planche à billet possible. 
Il y a une telle demande pour des monnaies fortes que les crypto-monnaies explosent littéralement permettant des gains de plusieurs milliers de pour-cent en quelques semaines. 

Ce phénomène de bulle rend généralement sceptique quand à l’avenir de ces pseudo-monnaies. Il y a pourtant un mouvement de fonds qui se dessine en faveur des crypto-monnaies. 

Ce mouvement est le miroir des errements des monnaies officielles. Alors que les monnaie officielles sont faibles, le Bitcoin est fort. Alors que les investissements traditionnels ont un très mauvais rapport bénéfice/risque, c'est tout le contraire pour les crypto-monnaies : avec de tels rendements, un investissement initial de quelques centaines d'euros à peine est une mise suffisante pour se lancer et une fois cet investissement remboursé... ce n'est que du bonus, même si la bulle éclate, vous n'aurez, au pire, rien perdu. 
Ce n'est pas votre banquier qui vous aidera à explorer cette opportunité unique dans l'histoire. 

Il y a quelques voix qui s'élèvent en France. L'économiste Philippe Herlinauteur des tous premiers travaux sur le Bitcoin en France dès 2013, a rédigé un rapport complet sur le Bitcoin (je vous conseille d'en lire la présentation passionnante de son éditeur en cliquant ici). La spéculation sur le Bitcoin est l'un des derniers terrains de bataille entre la liberté des individus et la soumission au monstre étatique et ses serviteurs qui ont arrêté de vous servir il y a bien longtemps pour se servir eux-mêmes. ​​​​​​

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