Hommage de Cédric Villani à Maryam Mirzakhani, première femme à recevoir la médaille Fields (en 2014)

Publié le par ERASME

Maryam Mirzakhani s'est éteinte en ce 15 juillet 2017. Le 13 août 2014 au Congrès International de Séoul, elle avait accédé à une célébrité mondiale en étant la première femme à recevoir la médaille Fields. C'était aussi la première médaille Fields pour l'Iran.

Ainsi Maryam devenait un double symbole vivant : celui de la cause des femmes en science, et celui d'une longue tradition scientifique perse qui a vu briller des noms aussi légendaires que Khayyam et Al-Khwarizmi (dontl'influence a été si grande que le mot "algorithme" est une déformation de son nom...).

Pour la communauté mathématique, cette distinction n'était pas une surprise : cela faisait quelques années que le nom de Maryam circulait parmi les possibles récipiendaires ; nous savions qu'elle faisait partie des plus brillantes personnalités de la discipline. Au Congrès de Séoul elle fut la vedette incontestée : au centre d'innombrables conversations, elle recevait plus d'attention que n'importe qui d'autre.

Et pourtant cette distinction était teintée dès le départ d'une grande tristesse : gravement malade, Maryam avait dû rentrer à son domicile, aux États-Unis, pour se faire soigner, à peine la cérémonie achevée. Contrairement aux autres lauréats, elle n'avait pas pu donner de conférence plénière.

Mathématicienne passionnée, mère attentionnée, vivant en Californie depuis de nombreuses années, Maryam avait toujours gardé son sens de l'équilibre, et une modestie à peine croyable. Convaincue qu'elle ne méritait pas tant d'attention, elle ne répondait qu'avec parcimonie aux sollicitations.

En avril 2015 j'ai eu le plaisir de la croiser à Berkeley : lumineuse, elle affichait une sérénité à peine croyable et n'accordait guère d'importance aux pronostics médicaux. Je lui ai proposé de l'impliquer dans des projets en Afrique, elle a accueilli la suggestion avec enthousiasme, tout en préférant repousser ce nouvel engagement de quelques années, le temps que son traitement s'achève.

À la même époque elle m'avait aidé à organiser mon voyage en Iran, me mettant en contact avec certains de ses collègues sur place, en particulier Eaman Eftekhary. Au cours de mon périple, j'ai donné une conférence à l'Université Sharif où elle a fait ses études, rencontré les meilleures institutions scientifiques de Téhéran et Ispahan. Je savais que Maryam était submergée de sollicitations et j'ai été sincèrement touché qu'elle prenne le temps de répondre à mes messages.

En 2017, à quarante ans tout juste, elle a été rattrapée par la maladie. Bienveillante, brillante et éphémère sont les attributs que l'on prête aux étoiles filantes : ils s'appliquent à Maryam mieux qu'à n'importe quelle personne que j'ai connue.

Cédric Villani

Hommage de Cédric Villani à Maryam Mirzakhani, première femme à recevoir la médaille Fields (en 2014)

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