Crise migratoire : ce que fait l'Europe - suite

Publié le par Jean-Guy Giraud

Le journal Le Monde (25-26/06/17) consacre une nouvelle rubrique à la crise migratoire ("Migrants, saison 4 " - Sylvie Kauffmann) dans laquelle l'auteur décrète péremptoirement : 
 
"Que font les Européens? Jusqu'ici, pas grand chose." 
 
Ce jugement à l'emporte-pièce est malheureusement familier aux journalistes (les plus nombreux) peu au fait des activités des Institutions. 
 
Nous avions essayé montrer dans la note ci-joint tout en relevant la responsabilité première des États membres - les multiples efforts déployés par la Commission avec le soutien du Parlement.
 
Lorsque l'on met en cause - répétitivement et sommairement - la responsabilité de l'"Europe", il serait utile de mieux distinguer la part qui revient à l'UE institutionnelle de celle qui incombe aux États. 
 
Faute de quoi, on finit par mettre en cause le système lui-même et par affaiblir son image dans l'opinion.   
 
CRISE MIGRATOIRE : CE QUE FAIT L'EUROPE
(16/06/17)
 
Mais que fait l'Europe face à la crise migratoire ? Beaucoup plus que l'on ne le pense - et qu'elle ne le fait savoir ... !
 
Le document ci-annexé (du service de recherche du PE) est une bonne illustration exhaustive des nombreuses initiatives prises par les Institutions (essentiellement la Commission) pour faire face aux problèmes de toutes natures engendrés par la crise.  
 
En les parcourant, il est utile de garder en mémoire les éléments de réflexion suivants :
 
Un phénomène exceptionnel et de dimension mondiale
 
- la crise migratoire en provenance d'Afrique, du Moyen Orient et d'Asie du Sud est un phénomène aux dimensions mondiales dont les causes et les effets doivent être traités au niveau international, notamment au travers des Nations Unies - et avec la participation active de toutes les grandes puissances : c'est loin d'être le cas à l'heure actuelle,
 
- ce phénomène est à la fois massif et complexe puisqu'il concerne des millions de personnes fuyant (ou chassées de) leurs pays pour des raisons économiques, d'instabilité politique ou de guerre - et désireuses de trouver un refuge - provisoire ou durable - à l'étranger,
 
- les conventions internationales concernant le droit - et les obligations - d'asile (économique/politique) sont mal adaptées à ces types d'exode et leur nécessaire respect pose, sur le terrain, des problèmes souvent insolubles,   
 
L'UE  en première ligne
 
l'Europe supporte sur son sol l'essentiel des conséquences de la crise : pour des raisons tant géographiques que politiques (accueil plus ouverte qu'ailleurs), les flux migratoires se dirigent principalement vers ses frontières et ses rivages,
 
- si les flux affectent particulièrement deux des États membres de l'UE (Grèce/Italie) - la plupart sont potentiellement concernés, à des degrés divers, par les questions de transit et d'installation des réfugiés,
 
les réactions des populations européennes - et, en conséquence, de leurs gouvernements - sont contrastées, les plus réticentes (cf les nouveaux États membres orientaux de l'UE) n'étant pas forcément les plus directement et les plus durablement touchées par ces flux,  
 
- au total, les gouvernements des 28 ont largement délégué à l'UE la responsabilité du traitement de cette crise - délégation qui, vue l'ampleur continentale du phénomène, est conforme au principe de subsidiarité,
 
La nécessaire coopération des États membres
 
- ce principe implique que l'UE ne peut que dresser un cadre stratégique et juridique dont l'application sur le terrain est essentiellement du ressort des États , 
 
- cette application peut être entravée lorsque certains États membres s'opposent au principe même d'une politique commune migratoire, prennent des initiatives contraires à l'esprit de ces décisions - ou tardent tout simplement à honorer leurs engagements (notamment financiers).
 
L'UE fait face
 
- pour mener à bien cette tâche - étrangère à ses missions originelles et pour laquelle elle n'était ni équipée ni préparée - l'UE (essentiellement la Commission avec le soutien actif du Parlement) a réussi à renforcer ou mettre en place, en peu de temps, des structures adaptées et diversifiées (1) et à mobiliser un important budget (2).
 
 - au total - et en dépit de l'aggravation non maîtrisée des causes et conséquences du phénomène migratoire - on peut considérer que l'UE a été et demeure à la hauteur de ses responsabilités face à la crise. Dans la limite de ses compétences et de ses moyens - et au delà de ses tâches ordinaires - elle est parvenue au moins à endiguer des flux humains massifs - et surtout à alléger les souffrances de populations étrangères mises dans l'errance et la souffrance par des facteurs externes à l'Europe.
 
Il est paradoxal, regrettable et injustifié que cette question ait provoqué - entre les États membres et au sein de ceux-ci - des polémiques politisées qui risquent de déstabiliser à la fois l'UE et certains de ces États. 
 
Et il est d'autant plus important de souligner que les Institutions de l'UE (la Commission de J.C. Juncker et le Parlement) se sont efforcées, "dans les relations de l'Europe avec le reste du monde, de respecter et de promouvoir les valeurs européennes " - ainsi que ... "le respect des principes de la charte des Nations Unies". (Art. 3 TUE)     
 
Jean-Guy Giraud  16 - 06 - 2017
 
 
(1) Asylum, Migration and Integration Fund - Internal Security Fund - Emergency Fund for Africa - Trust Fund for Syria - Facility for refugees - Frontex - European Asylum Support Office - Europol - Eurojust - Agency for fundamental Rights - ...
 
(2) pour les deux années 2015/2016, plus de 10 milliards d'Euros - prélevés sur les crédits du budget de l'UE - sont affectés à la crise migratoire

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