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Le journal d'Erasme

De l'économie de l'insécurité - du mensonge institutionnalisé - et du risque ! (réédition) - Seconde partie -

28 Mai 2018, 10:50am

Publié par ERASME

Voir la première partie : De l'économie de l'insécurité et du risque ! (réédition) - Première partie -

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Michel Aglietta a très tôt mis en évidence ces différents facteurs sans pour autant parvenir à susciter des réactions correctrices ! Pour preuve ces quelques passages de son article paru en 2009 et intitulé "Croissance potentielle, perspective macro-financière et stragéie de l'Union", contribution à l'ouvrage collectif dirigé par Philippe Herzog, Président de Confrontations-Europe et intitulé : « A la recherche de l'intérêt européen »:

"L'absence de discipline de marché sur les acteurs de la titrisation est surtout le révélateur d'un manque d'évaluation autonome de la part des investisseurs censés porter le risque disséminé. A cet égard, l'opacité dans laquelle s'est faite la titrisation de gré à gré, arrangée conjointement par les banques d'investissement et les agences de notation, rendait illusoire la possibilité d'une évaluation autonome et contradictoire des investisseurs. La perte d'information tout au long de la chaîne de titrisation a été une raison majeure de l'accumulation de risques cachés. En quelque sorte, tout s'est passé comme si la relation entre les investisseurs institutionnels et la nébuleuse bancaire (banques d'investissement et banques parallèles de marché que sont les conduits, véhicules spéciaux et hedge funds) s'est inversée. Loin d'exercer la discipline de marché, les investisseurs ont été à la remorque des opérations de la structuration des crédits sur laquelle ils n'ont eu aucune influence. Remettre la finance sur ses pieds, c'est-à-dire sous le contrôle des investisseurs apporteurs du capital est l'enjeu de la réponse à la crise.

La titrisation s'est développée parce que les changements de ce régime du crédit sont allés jusqu'à transformer le modèle bancaire. Celui-ci est passé du principe « initier les crédits et porter le risque » au principe « initier et vendre le risque ». Les banques prétendaient faire du profit sans risque et économiser du capital grâce à la titrisation. Exploité à l'extrême sans aucune précaution prudentielle, ce modèle dégrade l'information tout au long de la chaîne des transferts de risques et suscite l'aléa moral et les conflits d'intérêts. L'imbrication des banques, des intermédiaires de marché non régulés et à levier très élevé (conduits, SIV, hedge funds) et des investisseurs institutionnels provoque un risque de contrepartie généralisé sur des marchés de gré à gré. Celui-ci donne à la crise son caractère dramatique. L'ignorance de l'ampleur et de la localisation des pertes entraîne la réticence à faire circuler la liquidité. Crise de valorisation et crise de confiance vont ensemble.

La crise massive de l'évaluation des produits complexes a montré que le risque était transféré à l'aveugle sur les agents économiques qui auraient dû en être protégés. L'inefficience des modes de gouvernance actuels de la finance dérégulée met en perspective une question centrale : quels doivent être les principes guidant le comportement d'investisseurs financiers diversifiés qui, du fait de leurs engagements de passif, ont un horizon d'investissement de long terme ? reconstruire une régulation financière est d'autant plus critique que l'on attend de ces investisseurs une impulsion dans le financement de l'innovation au sein de stratégies financières diversifiées pour protéger leur passif. ..."

De là à en jouer de manière outrancière .....

Faut-il pour autant se laisser aller jusqu'à adhérer à la "théorie du chaos constructif" ?

L'Union européenne, je veux dire ici ses principaux responsables politiques, économiques et financiers, sait que son salut se trouve dans une réponse coordonnée et systémique à ces désordres multiples qui menacent désormais, plus que jadis, sa propre cohésion politique, sa performance économique et sociale, et, au-delà, l'avenir même de son projet politique !

Après avoir mulitplié les erreurs - et les fautes - depuis l'adoption de l'Acte unique (cf. notamment s'agissant de l'entrée de la Grèce dans l'eurozone : Retour sur images : Examen de la convergence pour l'entrée de la Grèce dans la zone euro au 1er janvier 2001 (Banque de France)), ses institutions s'emploient progressivement, étape après étape, avec les incontournables inerties et retards imputables à son systéme de gouvernance actuel, à se construire une architecture qui devrait lui permettre à terme de ne plus subir les effets de ce qu'elle n'a jamais vraiment cherché à combattre alors même qu'elle était menacée (cf. par exemple Toward a genuine economic and monetary union' : Report by President of the European Council Herman Van Rompuy!

L'Union européenne se montre de plus en plus vigilante vis-à-vis de l'économie des pays qui la composent. Mais il faudra aller encore plus loin pour en faire un ^véritable pôle mondial dans le système multipolaire interpolarisé dont elle rêve (seule !).

Ce n'est pas simplement d'une 'soft power' pensée par d'autres (cf. notamment J. S. Nye : Soft power means successful politics) dont elle doit désormais se contruire les attributs étape après étape, mais bien plutôt d'une 'smart power' pensée par elle-même pour elle-même !

(cf. par exemple à cet égard L'Union européenne s'engage - enfin - contre la criminalité économique ; Crise de la dette et crise bancaire : vers des garanties européennes ? par Sofia Fernandes (Notre Europe) ; Les grandes banques de l'UE doivent préciser de quelle manière elles pourraient survivre à une crise sans avoir besoin du soutien financier du contribuable ; Elargissement de l'enquête de la Commission européenne relative à une éventuelle entente dans la fourniture d'informations financières sur le marché des contrats d'échange sur risque de crédit ainsi que Le contrôle par l'Union européenne des actes d'un Etat-membre (Etudes fiscales internationales)).

Dans ce nouvel édifice européen dont le devenir est chaque jour plus incertain devant la montée d'un euroscepticisme omniprésent sur tout le territoire de l'Union jusqu'à provoquer un Brexit, le "risque constructif" doit absolument trouver une nouvelle place pour permettre à l'Homme de satisfaire "ce besoin essentiel de l'âme" sans pour autant succomber aux appétits irresponsables de l'apprenti-sorcier ! Celà exige se s'employer à redonner confiance à ceux, nombreux qui l'ont perdue (cf. Crises mondiales : il est urgent de redonner confiance à ceux qui l'ont perdue (nouvelle édition))

Mais peut-on réinventer technologiquement la confiance ?  (voir à cet égard La blockchain : peut-on réinventer technologiquement la confiance ?)

"Il ne sert à rien de dire “Nous avons fait de notre mieux”. Il faut réussir à faire ce qui est nécessaire.” (Winston Churchill)

NB : Cet article a été publié à plusieurs reprises sur le blog http://regards-citoyens.over-blog.com/  ainsi que sur ce blog depuis 2010.

 

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