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Le journal d'Erasme

Ni l'UE ni la Turquie ne sont en situation ...

29 Juillet 2016, 07:59am

Publié par Jean-Guy Giraud

"La Turquie n'est pas en situation d'adhérer à l'UE sous peu, ni d'ailleurs sur une longue période"

Dans une des déclarations sommaires et improvisées dont il a le secret, le Président de la Commission fait ce constat d'évidence qui appelle cependant les deux remarques suivantes :

- en dépit des engagements pris par la Commission Juncker sur la "pause de l'élargissement de l'UE", on constate - jour après jour, pays après pays - que le commissaire et la DG responsables de la "stratégie d'élargissement" poursuivent imperturbablement les négociations "techniques" d'adhésion ou de pré-adhésion avec plusieurs États associés à l'UE, notamment des Balkans; il en est sans doute de même - toujours au plan technique bien sûr - pour la Turquie, -

la question parallèle sur la capacité de l'UE à intégrer de nouveaux membres n'est, elle, jamais posée - alors qu'elle figure en toutes lettres dans les "critères de Copenhague" qui sont censés guider la stratégie sus visée.

On eut aimé que le Président de la Commission complète sa déclaration de la façon suivante : "Ni l'UE ni la Turquie ne sont en situation d'envisager l'adhésion de ce pays sous peu, ni d'ailleurs sur une longue période"

Cela n'aurait d'ailleurs pas été contradictoire avec le mandat officiel de négociation fixé par le Conseil européen qui précise que l'aboutissement de ce processus demeure "ouvert", c'est à dire qu'il peut tout aussi bien mener à un simple renforcement des liens économiques et commerciaux avec la Turquie.

Cette affaire est emblématique d'une certaine forme d'autisme technocratique de la Commission - toléré il est vrai par le Conseil et le Parlement - sur des questions pourtant très sensibles auprès de l'opinion et très centrales du point de vue de l'intérêt général de l'UE.

L'argument toujours utilisé selon lequel l'adhésion pleine et entière serait le seul moyen de stabiliser et démocratiser le voisinage de l'UE mériterait pourtant d'être ré-examiné au vu de certains développements non seulement dans les pays candidats mais aussi dans certains nouveaux États membres de l'Union.

L'état actuel de l'UE élargie ne devrait guère inciter à la poursuite aveugle d'une telle stratégie.

La "pause" préconisée par JC Juncker était une sage déclaration de principe qui permettait d'ouvrir une réflexion plus large sur la "stratégie d'élargissement" en même temps que sur les "partenariats" de l'UE.

Peut-être la situation nouvelle créée par le Brexit va-t-elle enfin obliger les Institutions et les États membres à poser ouvertement le problème.

En toute hypothèse, le reflux brutal de la démocratie dans la Turquie d'Erdogan nous assure de facto - pour un certain temps au moins - que la pause sera effectivement respectée au moins vis à vis de ce candidat. 

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