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Le journal d'Erasme

"If ain't broke, don't Brex-it"

18 Mai 2016, 08:06am

Publié par Jean-Guy Giraud

À moins d'un mois du referendum, l'opinion publique britannique semble (1) toujours divisée à 50/50 sur ce vote.

Les études d'opinion donnent une idée assez contrastée des partisans/adversaires du Brexit :

- les partisans du "Remain" seraient surtout des graduates (70%) - des cadres (60%) - des jeunes 18/29 ans (73%) - des habitants de Londres/Irlande du Nord/Galles/Écosse,

- les partians du "Leave" seraient a contrario surtout des undergraduates, des employés/ouvriers, des gens âgés et des habitants des provinces anglaises.

La presse est également partagée entre d'une part les journaux populaires à grand tirage qui amplifient leur traditionnelle et virulente campagne anti-UE - et d'autre part les journaux à caractère économique, beaucoup plus nuancés.

La campagne donne lieu à de multiples prises de position (notamment des milieux d'affaires), rapports officiels (2) et études académiques - la plupart mettant en relief les conséquences négatives du Brexit.

Les partis politiques semblent participer à la division - certains diront à la confusion - du débat : le parti conservateur est proprement déchiré tandis que le parti travailliste s'est résolu - à contre-coeur et donc timidement - à se ranger dans le camp des anti-Brexit.

Les arguments des uns et des autres semblent se polariser progressivement autour de quelques thèmes "porteurs" :

- pour le Brexit : la défense de la souveraineté et de la démocratie et la crainte des mouvements migratoires,

- contre le Brexit : les risques d'affaiblissement de l'économie et de la monnaie (3).

Plusieurs interventions extérieures de poids sont venues appuyer les arguments anti-Brexit : celle des États-Unis (par la voix du Président Obama) et de l'Otan (par la déclaration - non officielle - de plusieurs anciens secrétaires généraux).

Les Présidents des Institutions de l'UE (notamment ceux de la Commission et du Parlement) ainsi que les principaux dirigeants des États membres ont fait part de leur souhait de voir le Royaume Uni demeurer au sein de l'Europe.

Il doit être clair pour chacun - y compris pour les pro-européens les plus engagés - qu'un éventuel Brexit aurait de graves conséquences tant sur le plan européen qu'international :

- dans sa situation présente de faiblesse - voire de crise - largement causée par des évènements externes, le choc d'un Brexit serait redoutable pour l'UE. La disparition du "frein britannique" à la poursuite de l'intégration européenne ne règlerait pas les problèmes internes auxquelles elle est confrontée mais serait plutôt susceptible de les aggraver,

- sur la scène internationale, c'est tout le "European Order" mis en place progressivement et péniblement après la seconde guerre mondiale qui serait ébranlé.

Au total, c'est un organe de presse (non populaire ...) du Royaume Uni - en l'occurrence The Economist - qui résume bien la situation : "If ain't broke, don't Brex-it"

Cette maxime anglo-saxonne - empreinte de pragmatisme et de réalisme - devrait normalement inspirer l'opinion britannique, traditionnellement encline à ces deux attitudes.

Nous saurons le 20 Juin 2016 si elles peuvent l'emporter sur des considérations théoriques - par ailleurs peu fondées (les menaces sur la démocratie et la souveraineté britanniques) - et sur des craintes plus matérielles mais tout aussi exagérées (l'invasion migratoire).

Si tel n'était pas le cas, la plupart des responsables et analystes s'accordent pour "prévoir" qu'un Brexit constituerait un véritable saut dans le vide (4) - ou, en tout cas, dans l'inconnu.

C'est évident pour le Royaume Uni mais c'est aussi - bien qu'à un degré moindre - également vrai pour l'Europe. 

(1) "Semble" parce que de précédents sondages électoraux au Royaume Uni se sont révélés trompeurs et parce que la pratique du referendum est inhabituelle au RU.

(2) cf. notamment les rapports du Gouvernement ( http://www.theguardian.com/politics/2016/feb/28/brexit-would-affect-lives-of-millions-official-uk-report-says ) et de la Bank of England

(3) à noter - sans surprise - que les adversaires du Brexit ne font guère allusion aux principes de base qui sous tendent l' "Europe politique" - à savoir la nécessaire unité et solidarité des États membres de l'UE (à l'intérieur comme sur la scène mondiale) ainsi que les valeurs qu'elle défend.

(4) http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/01/20/le-brexit-un-saut-dans-le-vide_4850696_3232.html

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