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Le journal d'Erasme

Gros temps pour le modèle européen de démocratie parlementaire

17 Mai 2016, 16:14pm

Publié par Jean-Guy Giraud

Les cas de l'Espagne et de l'Irlande

On sait que, suite à leurs dernières élections législatives, l'Espagne et l'Irlande se trouvaient dans l'impossibilité de former un gouvernement majoritaire - notamment du fait du refus des grands partis traditionnels de former ensemble une "grande coalition" d'union nationale.

Ces deux situations - distinctes mais parallèles - viennent de se débloquer récemment selon les modalités suivantes :

- en Espagne, le Roi a été contraint d'accepter la dissolution des Chambres et de convoquer de nouvelles élections (26 Juin 2016),

- en Irlande, un accord a été conclu pour la reconduction provisoire (au maximum pour trois ans) du gouvernement sortant.

Dans les deux cas, ce sont principalement les désaccords entre les leaders des grands partis qui ont provoqué les blocages et le recours à des solutions pour le moins incertaines.

Désaccords qui portent plus sur des considérations personnelles ou historiques que sur des programmes de gouvernement.

Ailleurs en Europe ...

Bien entendu, les grands partis de gouvernement de ces deux pays sont - comme ailleurs en Europe - victimes de la désaffection de l'opinion vis à vis de la classe politique, elle même exacerbée par la crise financière et économique (hauts niveaux de chômage) et la gestion laxiste voire parfois malhonnête des affaires publiques par les dirigeants en place.

L'incapacité persistante de ces partis à se réformer et à conjuguer leurs efforts pour reprendre en mains la situation de leurs pays fait peser de lourdes menaces sur leur précaire équilibre politique et économique interne.

Elle est également susceptible de se répercuter au niveau européen, notamment au sein de la zone Euro où la situation budgétaire et financière dégradée de l'Espagne va amener la Commission à proposer de sévères mesures de redressement.

On a souvent relevé (1) les avantages que présenterait - au moins en théorie - la constitution de gouvernements d'union nationale pour faire face aux crises graves que traversent plusieurs États de l'UE.

Les cas de l'Espagne et de l'Irlande - mais aussi de la Grèce, du Portugal et de plusieurs nouveaux États membres - ont été cités.

A contrario, le "modèle" allemand de grande coalition, tant au niveau fédéral qu'à celui des länder, a pu être cité en exemple, ainsi d'ailleurs - mutatis mutandis - que le système de gouvernance européen Parlement/Commission. (1)

Il faudra bien que, d'une manière ou d'une autre, une recomposition des modèles partisans s'effectue dans les pays concernés afin de préserver la viabilité de leur modèle de démocratie parlementaire.

On voit mal comment cette recomposition pourrait se produire en marge des grands partis historiques et traditionnels de la gauche et de la droite modérées - les nouveaux mouvements ou pseudo partis qui ont surgi à la faveur des crises ne semblant pas en mesure d'assurer un rééquilibrage réaliste et durable des affaires politiques et économiques.

On pourrait également citer le cas du Royaume Uni où tant les divisions au sein du parti conservateur que l'affaiblissement interne du parti travailliste ont remis en cause l'équilibre du système bi-partisan et participé à une crise existentielle - laquelle s'est focalisée sur l'appartenance de ce pays à l'Union européenne et, par ricochet, menace l'intégrité territoriale même de ce pays.

L'UE, victime impuissante ?

Les Institutions européennes assistent, impuissantes, à ces développements délétères qui les affaiblissent et détériorent l'unité et la solidarité entre les États membres.

Ni ces Institutions ni les États concernés ne peuvent durablement demeurer dans une telle situation d'incertitude et de déséquilibre.

Dans la mesure où ces phénomènes déstabilisants affectent simultanément - même si de façon inégale et diversifiée - près de la moitié des régimes parlementaires des États membres, pourrait-on envisager qu'ils soient au moins évoqués au niveau des regroupements des grands partis politiques européens (PPE/PSE/VERTS/LIBÉRAUX) ?

Pour ceux qui estiment que c'est le système même de démocratie parlementaire européenne - socle de l'UE - qui est ainsi fragilisé, une telle évocation donnerait en tout cas à ces formations un rôle utile à jouer (2).

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