Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Le journal d'Erasme

Quelle signification emporte l'usage des termes "gaulliste" et "gaullien" en 2015 ?

24 Octobre 2015, 08:56am

Publié par Patrice Cardot

La figure emblématique du Général de Gaulle est convoquée, non seulement en France mais également ailleurs dans le monde, à chaque fois qu'une épreuve douloureuse met à mal soit des principes et des valeurs universelles auxquels la nation française a su apporter grandeur, force et éclat, soit l'indépendance, la souveraineté ou le libre arbitre des Nations, des Peuples, des Etats et des individus épris de liberté, de justice et de dignité.

En France, l'évocation de cette figure historique revêt diverses formes selon les circonstances et les individus  quand il s'agit de se prononcer en faveur d'une "certaine idée de la France", de "l'indépendance nationale", de "la résistance à toute forme d'oppression" ou du "droit des Peuples à disposer d'eux-mêmes".

La personnalité charismatique du Général structure quelquepart le paysage politique et social en France, qu'on le veuille ou non !

On s'y revendique parfois soit "gaulliste", qualité qui s'applique non seulement à des individus mais aussi à des mouvements politiques, soit "gaullien", qualité qui s'applique d'abord, sinon exclusivement, à des mouvements de la pensée et de l'action politiques ou à des accents particuliers d'un discours ou d'une intervention publiques.

Que l'on soit riche ou misérable, puissant ou faible, civil ou militaire, "Français de souche" ou "Français issus de l'immigration", descendant ou parent d'un ancien résistant, souverainiste, libéral, libertaire, conservateur, eurobéat, euroréaliste, eurosceptique, atlantiste .... ou leur contraire ..., ou tout simplement un individu ayant été un jour saisi par la grandeur de la magistrature de cet homme, de ce militaire hors norme, de ce serviteur de l'Etat si singulier qui s'est forgé en Homme d'Etat illustre à la faveur des soubressauts répétés de l'Histoire, chacun peut aujourd'hui avoir le désir - ou la faiblesse - de se sentir, de se vouloir, de s'affirmer, dans les alcôves de sa propre intimité, sur les plateaux des médias, dans les salons de la République ou ailleurs, tantôt "gaulliste", tantôt "gaullien", "proche des idées du général de Gaulle" ou "sensible aux arguments et aux idées du général de Gaulle".

A contrario, on se définit également en France comme "en contradiction avec les" ou comme "opposant aux" idées, thèses, choix et/ou décisions du Général de Gaulle, quand bien même on ne se définirait pas pour autant comme "anti-gaulliste", que ce soit par conviction, par sensibilité, par militantisme et/ou par engagement politiques.

Alors que faire référence au "gaullisme", et notamment au "gaullisme de la première heure" renvoie aux heures, aux choix et aux luttes parmi les plus nobles de la très longue et très riche carrière du Général qui ont suivi son envol vers Londres pour y prononcer son célèbre appel, y porter haut les couleurs de la France libre et pour y organiser la résistance contre l'occupant sous la bannière de la Croix de Lorraine en même temps que pour y penser la France de l'après-guerre ainsi que la décolonisation des "territoires de la France du dehors", faire référence à l'avatar contemporain du gaullisme d'antan, le gaullisme institué en projet et en force politiques, renvoie peu ou prou, en 2012, à des formes d'autoritarisme, de conservatisme, d''immobilisme et de souverainisme les moins éclairées qui soient !

Que ce soit en France, en Europe ou dans le Monde, faire état en 2012 de son statut, de son comportement, de son engagement ou de son idéal "gaulliste" ne conduit plus aussi spontanément que jadis à l'adhésion de ceux que l'on cherche à convaincre ! Y compris quand ces références sont le fait de personnages politiques qui ont eu la chance et l'honneur d'être portés sur les fonds baptismaux politiques par d'illustres "gaullistes de la première heure", ces thuriféraires de la mémoire et de l'héritage du Général qui se sentent encore aujourd'hui investis de la mission de porter haut son "message" et sa "pensée" eu égard à leur caractère intemporel !
Pourquoi ? Probablement en bonne partie parce que celà renvoie aujourd'hui d'abord, pour la majorité des individus qui n'ont pas connu le Général de Gaulle, à des épisodes douloureux de l'Histoire et à des méthodes d'une rare violence que des situations exceptionnelles ont pu favoriser, au nom d'une conception des droits et des devoirs attachés à l'exercice d'une résistance à un oppresseur ou encore à la "raison d'Etat" et aux exigences qu'elle emporte, qui apparait à tout un chacun condamnable sur les plans moral, politique et judiciaire, dans des  circonstances normales (exécutions sommaires à la fin de la guerre 1939-1945, épisodes funestes de la fin de la guerre d'Algérie, activités criminelles du service d'action civique - SAC - face à l'OAS au cours des années 60, massacres policiers de mai 1967 aux Antilles, mise sous tutelle étatique autoritaire des média, etc.).

A tort, bien sûr, puisque la singularité en même temps que la force du projet gaulliste tel qu'il fut porté par la personne du Général réside dans cette volonté et cette capacité singulières non seulement de ne jamais se résigner ni à la soumission, ni à l'outrage, ni au découragement, ni à la démission lorsque les circonstances sont défavorables, mais surtout, de puiser dans les ressources personnelles et collectives les ressorts d'un sursaut salvateur.

Etre, vouloir être ou se définir comme « gaulliste », c'est être imprégné et vouloir faire vivre en toutes circonstances des principes et des valeurs que la France a su progressivement ériger en vertus républicaines, telles que celles de liberté, d'égalité et de fraternité, avant de les élever avec d'autres au rang de vertus démocratiques universelles.

C'est être à même de puiser dans l'Histoire les ressorts d'une résistance résolue à toute forme d'oppression, tant celles des esprits que celles des corps; c'est être en capacité de puiser là où ils existent les ressorts des cicatrisations de leurs blessures ; c'est être en capacité de dépasser ces souffrances pour construire avec leurs auteurs les conditions d'une réconciliation sincère et durable au profit de chacun.

Faire référence à la dimension "gaullienne" des pensées, des hésitations, des refus, des choix, des initiatives ou des paroles d'individus ou de groupes qui se reconnaissent peu ou prou dans l'oeuvre du Général, dans sa pensée, dans ses hésitations, dans ses refus, dans ses décisions, dans ses actes et dans ses paroles, appelle à une élévation non seulement du regard critique que l'on porte sur les évènements et sur les individus mais également du niveau du débat auquel on peut être invité à se prêter comme des niveaux de la décision et de l'action qui doivent lui succéder !

C'est être capable d'une vision politique claire de ce que non seulement le Peuple de France, mais plus généralement, les Peuples et les Nations du Monde attendent de ceux qui les gouvernent et de l'avenir en même temps qu'être habité par l'ambition de créer les conditions pour que leurs espoirs se concrétisent, à des horizons prévisibles, dans le respect le plus strict de leur volonté et de leur dignité autant que de celles d'autrui.

C'est avoir la volonté et la capacité de sceller un pacte politique sincère avec ceux que l'on sert et/ou dont on tire sa pleine légitimité pour agir en son nom : l'Etat, la Nation, le Peuple et/ou le citoyen.

C'est avoir la volonté et la capacité d'agir en n'étant jamais coupable d'aucun déni de justice ou de vérité devant l'Histoire comme devant les Peuples, et de ne pas chercher à exercer le pouvoir sans être en mesure de l'exercer sereinement, en conscience et en responsabilité.

Etre gaullien, ou se sentir une âme gaullienne, c'est enfin avoir la volonté et la capacité de rechercher à chaque rendez-vous que vous propose l'Histoire la cohérence de votre pensée et de votre action politiques, en même temps que leur efficacité maximale en regard des objectifs et des intérêts de ce que l'on sert et/ou dont on tire sa pleine légitimité pour agir en son nom : l'Etat, la Nation, le Peuple et/ou le citoyen, et de porter sur autrui un regard aussi exigeant que celui que l'on porte sur soi ou sur la France en s'attachant à ne jamais insulter ni le passé, ni le présent, ni l'avenir.

Etre gaulliste ou être gaullien, c'est être capable de dire "oui" à ceux qui vous tendent la main pour partager avec vous une destinée commune au service de vos idéaux et/ou bâtir une perspective commune dans la dignité et le respect des différences ; c'est également être capable de dire "non" quand les circonstances le commandent dès lors que les intérêts supérieurs de la Nation, de l'Etat ou du Peuple que vous servez vous apparaissent menacés.

S'il est naturellement possible d'être simultanément gaulliste et gaullien, ce qui est rarissime, pour autant, les notions de "gaulliste" et  de "gaullien" reflètent deux schémas de pensée et d'action politiques de natures différentes qui peuvent parfois s'opposer avec véhémence ; comme en témoigna la confrontation politique qui a opposé au sein de la "mouvance gaulliste", en 2006 et 2007,  les protagonistes d'un "discours de la rupture" prônant des changements radicaux au nom d'une efficacité pouvant apparaître aussi froide qu'excessivement exigeante (risque 0, tolérance 0, etc.) en procédant à une "modernisation" rapide des institutions pour les mettre au service d'une conception rénovée de la République, aux protagonistes d'un "discours de la réforme" favorables à une adaptation moins radicale des mouvements et des forces appelées à être reformées, dans le respect des institutions héritées de l'Histoire.

Force est de constater que si le Général de Gaulle fut toute sa vie fidèle à son engagement "gaulliste" initial, il lui arriva parfois de ne pas être aussi "gaullien" qu'il aurait très certainement souhaité l'être.

A une époque où les repères politiques, civiques et moraux semblent manquer autant de consistance que de légitimité, comment les citoyens pourraient-ils s'interdire de solliciter de leurs dirigeants et de leurs représentants qu'ils fassent preuve, peu ou prou, en toute circonstance, de vertus gaulliennes ? Ne serait-ce qu'à chaque fois que des choix politiques suscitent l'indignation, la colère, la révolte ou le renoncement, en France, en Europe ou n'importe où ailleurs dans un monde en proie aux plus grandes incertitudes !

La disparition brutale de Philippe Séguin, ce gaulliste 'de gauche' aux élans gaulliens permanents, ce républicain de tous les grands combats contemporains avec force autorité morale et politique, quelle qu'ait pu être la justesse de ses positions, ce fidèle et infatigable serviteur de l'Etat, ce pied noir de Tunisie fier de son identité nationale mais d'une identité aux dimensions plurielles, cet orphelin d'un père mort au combat qui avait probablement trouvé dans le Général ce père spirituel de subsitution dont les mouvements, les décisions et les messages historiques ont éclairé sa vie d'homme engagé et guidé ses pas dans la vie politique, ce défenseur intraitable de l'indépendance de la France et de la souveraineté de la Nation, cet homme libre qui n'a jamais cédé à la pression, d'où qu'elle puisse venir, nous a rappelé tous à cette exigence de secouer, de bousculer, de fendre ces certitudes si vaines de ceux qui n'ont ni la vision politique, ni l'envergure humaine ni la hauteur d'âme des Hommes d'Etat véritables.

Faisons le pari que de telles vertus seront à nouveau rapidement convoquées par l'Histoire
 !

Voir également :

 * Discours du Général de Gaulle prononcé à la radio de Londres le 18 juin 1940 

 * Traité de l'Elysée (22 janvier 1963)

 * Trop nombreux sont ceux qui commémorent aujourd'hui le 71ème anniversaire de l'appel du 18 juin 1940 et qui agissent quotidiennement à l'opposé de son message !

 * " Servir la France '' !  

 *  Qui a tué le gaullisme ? par Causeur

 *  Positions officielles du Général Charles de Gaulle sur l'Alliance atlantique, l'OTAN et la place de la France dans ces entités

 * 'De Gaulle & Jean Monnet face à l'Europe' de Aloys Rigaut

* Une certaine idée de l'Etat : http://www.charles-de-gaulle.org/pages/l-homme/dossiers-thematiques/1946-1958-contre-la-ive-republique/bayeux-1946/analyses/une-certaine-idee-de-l-etat.php

 

Commenter cet article
A
Etre gaulliste c'est accepter l'héritage politique du Général et militer pour poursuivre son oeuvre. http://www.gaullisme.fr/2015/09/13/un-livre-sur-la-politique-sociale-de-charles-de-gaulle/
Répondre
P
Absolument d'accord avec vous ! Bien cordialement