La recherche scientifique, la recherche médicale et les politiques de l'innovation non responsable à visées spéculatives bouleversent l'essence même de l'Homme en même temps que son existence

Publié le par Patrice Cardot

L'actualité scientifique et médicale internationale met en exergue quotidiennement des 'avancées' spectaculaires de la connaissance, de la science et de la technique dans à peu près tous les registres des activités scientifiques, technologiques et médicales.

L'innovation technologique étant devenue le seul véritable moteur de la croissance économique mondiale (discours largement partagé au niveau mondial), ses agents comme ses promoteurs n'hésitent plus à la plonger benoitement dans l'univers des processus propres à la finance internationale à visée hautement spéculative pour en décupler les retours sur investissements comme les taux de couverture.

Cette situation présente la particularité, non anodine, de modifier progressivement, mais à un rythme désormais particulièrement soutenu, non seulement la place de la technologie dans l'univers quotidien des individus et de leurs organisations, mais également les conditions d'existence de l'être humain dans cet univers tout à la fois hypertechnologisé, virtualisé, dématérialisé, hyperfinanciarisé !

Plus encore, malgré l'avènement récent des concepts d' 'éthique des sciences', de 'principe de précaution', d' 'innovation responsable', d' 'investissement responsable', etc., par les modifications profondes que les prouesses technologiques à l'échelle nanométrique et la fabrication additive (impression 3D) rendent désormais possibles dans le domaine du vivant au travers de toutes les formes possibles de substitution à la biologie humaine d'ersatz technologiques (prothèses diverses, manipulations génétiques, robotisation du corps).

Grâce aux prouesses de la robotique et de la miniaturisation, le squelette humain dispose désormais de la possibilité de lui substituer un clone technologique dont les performances mécaniques sont comparables.

Les organes et viscères deviennent eux aussi sustituables par des instruments artificiels performants.

Les innovations spectaculaires relatives à la reproduction de tout ou partie du cerveau et de ses fonctionnalités, eu égard à la fois aux possibilités incroyables qu'offrent désormais les innovations les plus récentes en matière d'intelligence artificielle, de recherche médicale sur le cerveau (cf. notamment https://www.whitehouse.gov/BRAIN ou encore https://www.humanbrainproject.eu/fr) et celles relatives aux technologies convergentes de type NBIC, - notamment celles développées dans le registre de la biologie de synthèse et/ou de la fabrication additive(cf. par exemple http://timesofindia.indiatimes.com/home/science/3-D-printed-brain-tissue-to-help-combat-disease/articleshow/48346293.cms ou encore http://timesofindia.indiatimes.com/home/science/3-D-printed-brain-tissue-to-help-combat-disease/articleshow/48346293.cms) -, ont brisé soudainement les frontières historiques et culturelles imposées jusqu'ici par les tabous cultuels relatifs à l'intangibilité de l'essence divine de l'Homme !

Au point de voir apparaître dans les fictions humaines, souvent annonciatrices d'une réalité augmentée inattendue, la possibilité de robots consciencisés, les hubots. (voir plus bas)

L'activité humaine est puissamment à l'oeuvre pour innover, innover encore, jusqu'à faire apparaître sciemment des 'monstres artificiels' destinés à le détruire ! Au point que, dans une lettre ouverte, publiée à l'occasion d'une Convention internationale sur l'Intelligence artificielle (IA), le physicien Stephen Hawking et plusieurs milliers de personnalités, dont de nombreux chercheurs dans ce domaine, demandent l'arrêt des recherches dans le domaine des armes autonomes. La perspective de l'existence de « robots tueurs », guidés par une intelligence non humaine, pose en effet de graves problèmes juridiques, mais aussi de contrôle des technologies et de leurs transferts.

Des monstres industriels et technologiques émergent qui détiennent non seulement des pouvoirs supranationaux quasi souverains, à l'instar de Google ou de Microsoft, mais surtout celui de façonner le monde selon leurs propres conceptions idéologiques de l'avenir du monde et de l'humanité sans qu'aucune forme de régulation ne soit aujourd'hui en capacité de les soumettre à l'épreuve de confrontations démocratiques avec des alternatives davantage conformes aux préférences collectives qui donnent toute leur force et leur légitimité aux grands projets de sociétés, et davantage respectueuses des droits, des libertés et des principes les plus fondamentaux issus des luttes sociales et humanistes au cours de l'Histoire ! (cf. notamment à cet égard http://regards-citoyens-europe.over-blog.com/2015/08/le-futur-que-google-nous-prepare.html)

Cette révolution passe pour être à la fois inéluctable et irréversible ! Mais en-a-t-on réellement apprécié et mesuré tous les impacts ?

Quoi que l'on puisse penser in fine de cette révolution fondamentale de la société des hommes, la responsabilité de l'émergence d'une telle situation incombe à la société toute entière, aucun système de gouvernance à l'échelle planétaire n'assurant une quelconque régulation en la matière, l'OCDE ne disposant d'aucun instrument contraignant pour asseoir avec l'efficacité requise les régulations qu'elles préconisent parfois devant les inquiétudes que font naître l'extrême variété autant que la rapidité des innovations en cause.

Des tentatives de passage à l'acte dans les domaines de l'innovation et de l'investissement responsables sont entreprises (cf. par exemple à cet égard : Des concepts à la pratique de l'innovation responsable - http://www.cairn.info/zen.php?ID_ARTICLE=NSS_194_0405), mais sans réels impacts !

Naturellement, de grandes consciences attirent fréquemment l'attention sur la place de l'Homme dans 'tout çà' (comme par exemple) ! Des sociétés savantes, des institutions cultuelles, des associations de citoyens tirent également la sonnette d'alarme ! (cf. par exemple : Pour un dialogue transatlantique structuré et permanent autour des enjeux croisés de sécurité, de défense et de responsabilité internationale dans le domaine des technologies convergentes)

Mais leur appel reste sans effet !

Des commissions sont créées ici ou là, comme par exemple, en France, la Commission nationale du débat public, la CNIL ou la Commission nationale d'Ethique, mais leurs recommandations, quand elles sont effectivement traduites en actes législatifs ou réglementaires au niveau politique qui est le leur, sont souvent sans réel effet en raison de la globalisation des phénomènes et des processus en jeu.

L'homme serait-il tout simplement en marche vers sa propre altération consciente du monde physique auquel il est partie prenante, tel un apprenti sorcier ! Agissant sans aucun contrôle en totale contadiction avec les discours philosophiques, politiques et moraux sur les valeurs, les principes, la démocratie, l'éthique, la liberté, etc. que dispensent à loisir le personnel politique, les libres penseurs ou les docteurs des grandes religions ?

Le transhumanisme aurait-il partie gagnée ? (cf. à cet égard http://regards-citoyens-europe.over-blog.com/2015/12/pour-une-reflexion-ethique-anthropologique-philosophique-et-strategique-sur-les-valeurs-qu-emportent-le-transhumanisme.html)

Comme tend d'ailleurs à le prouver l'intérêt stratégique qu'y porte des entreprises technologiques comme Google (cf. http://www.lemonde.fr/sciences/article/2013/04/18/google-et-les-transhumanistes_3162104_1650684.html).

L'humanisme, et plus encore, l'Homme, seraient-ils définitivement condamnés à rejoindre les archives de l'Histoire de l'Humanité ? Et Dieu dans tout çà ? 

André Malraux aurait affirmé, lors d'une rencontre avec André Frossard, que "Le XXIème siècle sera mystique ou ne sera pas". Pourtant, il ne disposait pas d'une vision prospective suffisante pour anticiper de telles ruptures ! 

En conclusion, comment ne pas inviter le lecteur à méditer cette pensée majeure en ce début d'un siècle où plus personne n'est en mesure de prédire ce dont demain sera fait ! 

Et si l'homme du XXème siècle, celui en chair, en os, et en esprit, survivra à sa Créature du XXIème !

Et à s'interroger sur ce qu'il adviendrait si si les hubots étaient en charge de la conduite des affaires du monde !

(cf. http://regards-citoyens-europe.over-blog.com/2014/07/et-si-les-hubots-etaient-en-charge-de-la-conduite-des-affaires-du-monde-en-serions-nous-la-aussi.html)

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Il faut être bien sage ou bien borné, pour ne jamais rien changer à ses pensées

(Proverbe chinois)

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« Les problèmes du monde ne peuvent être résolus par des sceptiques ou des cyniques dont les horizons se limitent aux réalités évidentes. Nous avons besoin d’hommes capables d’imaginer ce qui n’a jamais existé »

(John F. Kennedy)

Cet article a été publié une première fois sur ce blog en décembre 2015

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