Comment estime-t-on qu'une monnaie est surévaluée ou sous-évaluée ? (Banque des savoirs)

Publié le par ERASME

Dire que l’euro, le dollar ou le yen sont "forts" ou "faibles", c’est dire que leurs cours sur le marché sont au-dessus ou en dessous de leur "vraie" valeur. "Afin de déterminer le pourcentage de sur ou de sous-évaluation d'une monnaie, il convient de déterminer ce que l'on appelle le taux de change d'équilibre", explique Valérie Mignon, professeur d’économie à l’université Paris-X-Nanterre, conseiller scientifique au Cepii et responsable du pôle d'économétrie et de modélisation en finance-assurance au laboratoire EconomiX (UMR-CNRS). Cette valeur fondamentale est calculée par les économistes spécialisés sur les questions monétaires, qui travaillent pour des banques intervenant sur les marchés, pour les banques centrales ou pour des centres de recherches universitaires. Si tous ces experts s’accordent généralement sur les déterminants des taux de change, les modèles économétriquesutilisés sont pluriels : il n’y a jamais une seule mesure de la sous-évaluation ou de la surévaluation d’une monnaie, mais généralement une "fourchette" d’estimations.

Le plus simple est de partir du panier de la ménagère, selon la méthode dite des "parités de pouvoir d’achat". Il s’agit de déterminer combien de biens et services on peut acheter pour une quantité de monnaie dans un pays comparé à un autre. Le magazine anglais The Economist a popularisé cette approche avec son célèbre "Indice Big Mac" qui recense le prix du sandwich de Mac Donald’s tout autour de la planète. Ainsi, le Big Mac coûtait en moyenne 2,94 euros dans la zone euro à la fin janvier 2007, contre 3,22 dollars aux États-Unis, soit une parité de pouvoir d’achat de 1,10 dollar pour un euro. En cotant 1,36 dollar sur le marché, l’euro serait ainsi surévalué de 24 % (par rapport à 1,10 dollar) d’après "l’indice Big Mac". À l’inverse, le yuan chinois est sous-évalué, selon cet indice, de 56 % face au dollar.
Bien entendu, les estimations du taux de change d'équilibre reposent sur des calculs plus complexes. "Plusieurs approches existent, visant à définir la valeur d'équilibre des taux de change, poursuit Valérie Mignon. Parmi les plus connues, citons la parité des pouvoirs d'achat, l'approche FEER (Fundamental Equilibrium Exchange Rate/Taux de change d'équilibre fondamental) et l'approche BEER (Behavioral Equilibrium Exchange Rate/Taux de change d'équilibre comportemental). Selon cette dernière approche, la plus utilisée, la valeur d'équilibre d'une monnaie est déterminée sur la base des fondamentaux économiques du pays considéré. On retient fréquemment, comme déterminants économiques de la valeur du taux de change à long terme, les variables suivantes : la position extérieure nette (solde des investissements étrangers dans le pays et des investissements du pays à l’étranger), la productivité relative (l’efficacité économique mesurée, par exemple, par la production du pays rapportée à son volume d’heures de travail) ou encore les termes de l'échange (rapport des prix à l’exportation aux prix à l’importation)."
Pour évaluer le taux de change de deux monnaies, il faut aussi comparer, notamment, les différences d’inflation (variation des prix à la consommation) entre les pays, les écarts de taux d’intérêt (le "prix de l’argent") et de la balance des paiements courants (le solde des entrées et des sorties de capitaux). En effet, la valeur de la monnaie doit varier, selon la théorie économique, en fonction de ces critères, notamment pour rééquilibrer les financements respectifs des économies : un déficit des paiements courants doit, toutes choses égales par ailleurs, faire baisser la valeur d’une monnaie. Pour des zones monétaires comme celle de l’euro, c’est l’ensemble économique qui est pris en compte, de même que les états des États-Unis "partagent" le dollar malgré les différences économiques existant entre la Californie et le Michigan, par exemple.
Les conclusions qui sont tirées de ces évaluations font l’objet de débats, par exemple lorsque les monnaies comparées appartiennent à des économies structurellement très différentes. Pour Michel Aglietta, professeur à l’université Paris-X-Nanterre, la sous-évaluation du yuan chinois, souvent soulignée et dénoncée, serait en fait un "faux problème" justifié par la mutation de cette économie.

Source : http://www.savoirs.essonne.fr/thematiques/les-hommes/economie/monnaie-forte-ou-faible-quel-interet/comment-estime-t-on-quune-monnaie-est-surevaluee-ou-sous-evaluee/

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