Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Le journal d'Erasme

Jean-Claude Junker et l'opinion publique

28 Octobre 2014, 16:44pm

Publié par Jean-Guy Giraud

Une décision importante, mais peu remarquée, de Jean Claude Juncker a été de remanier profondément l'organisation de la communication de la Commission et de la rattacher directement au Président lui-même - supprimant ainsi la fonction de "Commissaire à l'information" et regroupant, autour de la Présidence, la Direction générale de la communication et le Service du porte parole. 
Cette décision souligne à la fois l'importance que Jean Claude Juncker attache à la fonction de communication et son souci de remédier aux carences passées dans ce domaine.
On sait en effet que l'image d'une Institution dans l'opinion publique est largement déterminée par la façon dont elle parvient à faire comprendre au plus grand nombre le but de sa mission et à expliquer clairement chacune de ses décisions majeures. Ceci est particulièrement vrai pour une organisation pluri-nationale aussi étendue et complexe que l'Union européenne. 
Au sein de celle-ci, c'est la Commission qui est chargée de communiquer à la fois sur l'action de l'Union dans son ensemble et sur son action propre en tant qu'organe exécutif - et qui dispose à cet effet des moyens humains et financiers appropriés.  
Les débats et résultats des élections européennes de 2014 ont bien mis évidence l'aggravation de ces maux anciens que sont la méconnaissance persistante et la méfiance croissante de la plus grande partie de l'opinion vis à vis de "Bruxelles", incarnée aux yeux du public par la Commission. 
Cette entité lointaine s'est de plus en plus avérée incapable d'expliquer et de défendre ses propositions et ses actions directement auprès des citoyens européens. Sa figure est plus celle d'un organe technique, voire technocratique, que d'un gouvernement responsable et attentif aux réactions de l'opinion. Elle est presque totalement absente - comme acteur sinon comme objet - de la scène médiatique ; elle ne répond guère aux critiques (souvent injustifiées) qui lui sont adressées publiquement; elle semble limiter ses contacts aux gouvernements et administrations des États membres ainsi qu'aux représentants officiels des milieux économiques sectoriels.  
En définitive, le citoyen européen n'est informé de l'évolution générale de l'Union que par les responsables politiques nationaux en place et à travers le prisme de leur orientation et de leur intérêt politique propres - au surplus variables au gré des alternances. La presse nationale ne manifeste guère d'intérêt particulier pour l'activité quotidienne des Institutions européennes et fait parfois preuve - comme au Royaume Uni - d'une hostilité manifeste. 
Par delà les mesures de ré-organisation administrative qui amélioreront l'outil de communication, le Président de la Commission pourrait ré-examiner quelques questions de principe qui sous-tendent le message que veulent faire passer aux citoyens les responsables de l'Union européenne :
- n'est-il pas nécessaire d'assumer pleinement et explicitement les objectifs des Traités : une unité et une solidarité croissantes entre les peuples et les États d'Europe ?
- ces objectifs doivent-ils être passés sous silence voire même remis en cause (1) sous prétexte que certains gouvernements ou certains courants politiques les contestent ? 
- la Commission ne représente-t-elle pas, par nature, la permanence et la "mémoire" de l'Europe et n'a-t-elle pas le devoir d'assumer cette représentation?
- ne serait-il donc pas opportun, pour la nouvelle Commission, d'adopter "un nouveau profil" plus engagé, plus responsable, plus pro-actif ? 
- la Commission n'a-t-elle pas la légitimité nécessaire pour s'adresser directement aux citoyens - ou bien cette fonction est-elle réservée aux gouvernements nationaux ?
Prenons un seul exemple récent lié à l'affaire de la contribution britannique au budget évoquée lors du dernier Conseil européen  : n'aurait-il pas été opportun que le Président de la Commission lui-même remette publiquement les choses au point (comme l'a fait courageusement le commissaire - sortant - chargé du budget) et en profite pour rappeler que les États membres violent les Traités lorsqu'ils refusent de créer de véritables ressources propres européennes et de financer le déficit du budget européen ?
Jean Claude Juncker est notamment connu pour son franc parler. 
Souhaitons qu'à l'occasion de la refonte du système de communication de la Commission, il inaugure également un nouveau style de rapport avec l'opinion publique, plus engagé, plus direct et même plus personnalisé. Il a la compétence et la légitimité nécessaires pour engager cette opération "de la dernière chance" - à l'horizon 2019.
 
(1) Lors du Conseil européen des 26 et 27 juin, la notion d'"union sans cesse plus étroite des peuples européens" - affirmée et confirmée par les Traités (http://www.regards-citoyens.com/article-une-union-sans-cesse-plus-etroite-basee-sur-un-heritage-de-valeurs-62554159.html)
Commenter cet article