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Le journal d'Erasme

Coalition anti-djihadiste : les « alliés musulmans » à double tranchant, par Pierre Haski (Jforum.fr)

24 Septembre 2014, 18:05pm

Publié par ERASME

 

Barack Obama l’a affirmé mardi après-midi, quelques heures après avoir bombardé pour la première fois les positions djihadistes en territoire syrien : « ce n’est pas juste le combat des Etats-Unis », a-t-il dit, vantant la participation de plusieurs pays arabes (Arabie saoudite, Bahrein, Emirats arabes unis, Jordanie, Qatar) à l’opération.

A qui s’adresse ce message ? Contrairement à l’antiène répétée sur toutes les ondes ce mardi, il n’est pas sûr qu’il soit entendu de la même manière partout, et assurément pas dans l’ensemble du monde arabo-musulman.

Aux Etats-Unis et en Europe, il est présenté comme une bonne nouvelle, qui évite à l’Occident de paraître en « croisade » anti-islam : « Vous voyez bien que nous ne sommes pas contre l’Islam puisque nous sommes alliés à des pays musulmans »...

L’image négative des USA

En revanche, dans une région chauffée à blanc depuis des années par la résurgence du vieux conflit sectaire chiites-sunnites, travaillée au corps et à l’esprit par un islamisme radical, il n’est pas sûr que cet attelage soit très convaincant :

- les Etats-Unis conservent une image négative, marquée par les folies de l’ère Bush et en particulier l’invasion de l’Irak en 2003, la bienveillance vis-à-vis d’Israël à chacune des trois guerres de Gaza sous Obama, une incapacité à définir une position claire dans le tohu bohu des révolutions arabes...

- les régimes qui ont accompagné cette opération en Syrie sont pour l’essentiel des monarchies conservatrices voire rétrogrades, considérées comme corrompues et autoritaires, aux mains des Américains tout en jouant un rôle trouble dans le financement des groupes islamistes.

A l’arrivée, vous avez une alliance d’autant moins convaincante que tout le monde n’a pas les mêmes « buts de guerre », qu’il reste le non-dit du rôle de l’Iran revenu au centre du jeu, l’ambiguïté turque qui s’est abstenue, le sort de Bachar el-Assad qui se réjouit de voir frapper ses ennemis, les divergences entre alliés (la France n’a pas voulu participer au raid en Syrie)...

Entre le bien et le mal ?

Le risque est au contraire que, loin d’être la lutte entre le bien et le mal absolu que présente le discours officiel et la plupart des médias occidentaux (ainsi que la propagande djihadiste qui se complait dans sa posture provocatrice, susceptible d’impressionner de jeunes potentielles recrues), cette étrange coalition soit perçue comme une plongée sans filet dans le conflit régional qui avale tout le Moyen-Orient et change les lignes de fracture.

La bataille d’image n’est donc pas gagnée pour des Occidentaux en mal de crédibilité dans le monde arabo-musulman.

Le rejet de la brutalité délibérée de l’Etat islamique autoproclamé ne suffit pas à entraîner l’adhésion, surtout quand les valeurs au nom desquelles on se bat ne sont pas les mêmes dans tous les pays de la coalition.

Source : http://www.jforum.fr/forum/international/article/djihadiste-l-alliance-etrange-des

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