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Le journal d'Erasme

Europe : Juncker président, mais pour quoi faire ? par Jean-Gabriel Fredet (Nouvel Obs)

28 Juin 2014, 10:32am

Publié par ERASME

La désignation du Luxembourgeois à la tête de la Commission européenne n'est pas inattendue. La véritable surprise réside dans son programme.

"Au dessert, il y aura une surprise. Mais la surprise c’est qu’il n’y aura pas de dessert".

Ce député européen parle d’or.

Ultime phase d’un interminable processus, la désignation de Jean-Claude Juncker à la tête de la Commission européenne, vainqueur au point des élections européennes et candidat unique des parlementaires de gauche et de droite n’est pas une surprise. 
Feignant de croire jusqu'au bout que la Commission - le collectif des 28 chefs d’Etat et de gouvernement - pourrait s’opposer au suffrage universel, même indirect, David Cameron n’a réussi qu’à braquer contre lui ses ennemis et ses alliés et à se marginaliser.

Il avait brandi la menace d’une sortie du Royaume-Uni de l’Europe, conséquence inévitable d’un référendum exigé par les europhobes britanniques : il a raté son dessert. Le voilà au pied du mur, piégé par son propre chantage. Il devra composer avec le "fédéraliste" Juncker, vétéran de la construction européenne. Et attendre un nouveau sommet, appelé à désigner les successeurs de Herman Van Rompuy et Catherine Ashton, Président du Conseil européen et Haut Représentant pour les affaires étrangères, pour connaître le prix de consolation réservé à l’Angleterre. Un poste de secrétaire général ? Un grand poste de commissaire ? Ou rien du tout ?

L'Elysée promet un "New Deal"

La véritable inconnue c’est le programme, l'"agenda" de la nouvelle équipe confrontée à la fois au désamour des citoyens pour l’Europe et à une récession qui aggrave encore le décrochage du vieux continent. 
Et là, tout se complique. Car la "surprise" risque de ne pas être au rendez-vous.
A l’Elysée, comme pour faire oublier la faiblesse du chef de l’Etat, on évoque bien un New Deal. Un grand troc. Pour prix de son ralliement à Juncker, candidat des conservateurs, la France socialiste et les 6 pays-membres de l’Union gouvernés par les sociaux-démocrates souhaitent un assouplissement du pacte de stabilité. Assorti d’une vigoureuse relance par l’investissement à l’échelon de l’euro-zone afin de doper une croissance anémique et créer des emplois. Meilleur allié de François Hollande dans cette optique, l’italien Matteo Renzi.

Auréolé de sa victoire aux européennes, le Président du conseil italien a ouvert la voie en évoquant la possibilité de déduire de la règle plafonnant à 3% la dette publique les investissements affectés aux réformes. Comme l’avait suggéré la semaine dernière Sigmar Gabriel, vice-chancelier socialiste de la grande coalition allemande.

"Pour éviter une récession -ou une décennie mortifère analogue à celle qu’a connue le Japon dans les années quatre vingt dix-, il faut que les Etats puissent conserver des marges de manœuvre tout en respectant les règles", plaident à l’unisson Hollande et Renzi.

Merkel de marbre

Partisan d’une réforme radicale, d’un "grand soir" réduisant une Union "intrusive", mais "incapable" aux dimensions d’un grand marché unique et bannissant soigneusement toute intégration monétaire, budgétaire et financière, David Cameron ne l’entend pas de cette oreille. Objectif n°1 du Premier ministre conservateur: "rapatrier" les pouvoirs délégués imprudemment à l’Europe. Dans cette "association d’Etats" où la souveraineté nationale doit rester la règle, pas question de laisser les eurocrates chevaucher à grandes guides, notamment en matière d’immigration, domaine hypersensible outre-Manche où eurosceptiques sont peu désireux de partager les fruits d’une reprise fragile.

Face à cette nouvelle initiative de croissance- doublée d’une tentative de changer les règles du pacte de confiance-, la chancelière allemande reste de marbre. Au centre du jeu, adossée à une économie florissante, mais sous pression de son allié socialiste et des médias germaniques, la chancelière a renoncé à aider son ami Cameron à torpiller Juncker- qu’elle méprise pourtant. Mais pas question pour autant de se priver, dans l’Union, de la présence britannique synonyme d’un libéralisme dont elle a besoin pour contrecarrer le dirigisme français.

"Pour parler à l'Europe, quel numéro de téléphone composer ?"

Tout comme elle hésite à accepter une "réécriture" du pacte de stabilité- "un excellent cadre", vers une plus grande flexibilité financière qui permettrait de déduire du déficit public les dépenses d’investissement. Jeudi soir, le débat était encore ouvert mais rigueur et équilibre seront, comme dans le passé, les tables de la loi de la nouvelle mandature. Lacroissance, l’emploi, la compétitivité ? Seulement s’ils sont compatibles avec l’ordo-libéralisme qui doit constituer le credo de la nouvelle Europe La relance par l’investissement ? A condition que les "nouveaux instruments financiers" sur la quelle comptent la France et l’Italie pour drainer l’épargne privée et publique de la zone euro vers le financement de nouvelles infrastructures reçoivent le feu vert de la Banque centrale européenne.

Pour rassurer une opinion eurosceptique ou faire contrepoids à l’hyperpuissance germanique, Royaume-Uni, France et Italie proposent chacun à leur manière une autre Europe pour les cinq prochaines années. "Pour parler à l’Europe, quel numéro de téléphone composer ?", raillait naguère Henry Kissinger. Que l’ex-patron américain du Département d’Etat se rassure : la capitale de l’Union est à Berlin. Et le numéro de téléphone de son patron, celui de la chancelière.

Source : http://tempsreel.nouvelobs.com/politique/20140626.OBS1953/europe-juncker-president-mais-pour-quoi-faire.html

 

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