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Le journal d'Erasme

Europe politique : la balle est dans le camp du Parlement européen

27 Mai 2014, 18:37pm

Publié par Jean-Guy Giraud

Paradoxalement, l'augmentation sensible du nombre des députés eurosceptiques au sein du PE pourrait avoir un effet positif au sein même de cette assemblée : la constitution d'une coalition plus forte et plus structurée entre les groupes politiques pro-européens. 
Quatre des principaux groupes (PPE/PSE/LIB/VERTS) figurent clairement dans cette catégorie. Dans la nouvelle assemblée, ils représentent près de 70% des sièges (520 sur 751), conservant ainsi à la fois une majorité simple des membres et une majorité qualifiée des voix. 
L'irruption, pour la première fois, d'une forte minorité "anti-européenne" devrait les inciter à mieux prendre conscience de ce qui les unit (la poursuite du processus d'intégration) et à relativiser leurs différences, souvent basées sur des clivages idéologiques difficilement transposables au niveau européen. 
Déjà, sur les grands dossiers qu'ils ont eu à traiter dans un passé récent (budget, union fiscale et bancaire, Schengen, justice et affaires intérieures, politique étrangère et défense, etc ...), ils ont de facto démontré - sur l'essentiel - une grande communauté d'opinion et de positions. Fondamentalement, ils ont toujours manifesté leur unité dans le soutien de la méthode communautaire de gouvernement européen et dans l'opposition à la méthode intergouvernementale que tente d'imposer le Conseil Européen. 
Dans toute la mesure où l'essentiel de la "politique européenne" réside - à travers la mise en oeuvre de politiques communes - dans la préservation et le renforcement de l'unité et de la solidarité entre les peuples européens face à la persistance des égoïsmes et des divisions inter-étatiques, la majorité pro-européenne au sein du PE a démontré sa capacité à surmonter - sans les renier - les différences idéologiques entre ses composantes. 
Le terrain est donc propice à une forme de matérialisation d'une coalition de cette majorité face, à la fois, à la nouvelle opposition interne eurosceptique et à la persistance de la volonté d'hégémonie des États alliés au sein du Conseil. 
La première manifestation de cette coalition parlementaire devrait - dans les tout prochains jours - se concrétiser à l'occasion de la constitution de la nouvelle Commission cad du choix de son Président, du Haut Représentant et des autres membres du collège. 
Ceci requiert, de la part des responsables de ces groupes politiques, une hauteur de vues et une capacité d'organisation susceptibles de dépasser les questions du dosage du poids et de la place de chacun dans la coalition ainsi que les rivalités de personnes et d'appareils. Ceci exige également une capacité de résistance aux pressions qui ne manqueront pas de s'exercer sur chacun des groupes (et sur chacune des délégations nationales) de la part des Gouvernements voire même des appareils des partis politiques nationaux.
D'une certaine façon, la balle est donc aujourd'hui dans le camp du PE. Pour bien la jouer, il lui appartient de démontrer clairement dès le départ - aux yeux du Conseil comme de l'opinion publique - toute la maturité et le sens de l'intérêt général que l'on doit attendre d'une assemblée parvenue à sa maturité. 
Bien entendu, les résultats du scrutin du 25 mai - tant en terme de participation que de (dés)orientation de l'électorat - soulèvent de nombreux et graves problèmes qu'il va falloir impérativement prendre en compte. Mais ceci est une autre question - plus fondamentale - qui va nécessiter une profonde réflexion dans les prochains mois. Dans l'immédiat, l'essentiel est, pour la nouvelle coalition parlementaire, de démontrer sa capacité à "jouer collectif" face aux divisions des États et, surtout, dans l'intérêt général des citoyens européens.
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P
Seul bémol, et non des moindres, à ce message qui tient dans ces quelques mots : "le PE a démontré sa capacité à surmonter - sans les renier - les différences idéologiques entre ses composantes" ! C'est bien là tout le problème politique de fond qui conduit à décrédibiliser le débat politiqu (tous les mêmes à la botte des intérêts financiers !! et anglo-saxons !) , et partant, les eurosceptiques et les eurohostiles à progresser à chaque élection !
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