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Le journal d'Erasme

Israel : la Révolution en marche, au cœur des Renseignements, par Amir Rapaport (Jforum.fr)

26 Avril 2014, 07:46am

Publié par De La Boisserie

L’Aman, l’ISA ou Shin Bet et le Mossad ont récemment entrepris une série de changements organisationnels significatifs. Quel est l’enjeu de ces chamboulements majeurs ?

Le Directorat des renseignements militaires de Tsahal (Aman), le Mossad et l’Agence des Renseignements Intérieurs (Shin Bet) ont récemment entrepris des changements d’une grande ampleur. Les changements les plus significatifs ont été introduits au Directorat des renseignements militaires de Tsahal, où près de 1.000 officiers ont changé de poste et où la structure organisationnelle s’en est trouvée révolutionnée.

Cette vague massive de transformation est le fruit du processus connu sous le nom de “ Printemps Arabe ” et d’une révolution technologique radicale.

“Les renseignements d’aujourd’hui passent systématiquement à côté des évolutions historiques les plus significatives », signale un officier des renseignements, concernant ces transformations majeures. « A l’heure d’Internet et des réseaux sociaux, les évènements se déroulent à un rythme ahurissant. Des évolutions qui prenaient des années, se concluent, maintenant, en quelques jours, si ce n’est même en quelques heures. Cependant, au-delà de l’instabilité régionale, le changement vraiment fatidique, en ce qui concerne les agences de renseignements, est d’ordretechnologique. Par le passé, l’effort fondamental du renseignement portait sur le système SigInt(Alertes des renseignements, fondé sur le repérage de signaux électroniques et la surveillance des réseaux de communications radio et des lignes téléphoniques). Aujourd’hui, plus personnen’utilise le téléphone ni les émetteurs- récepteurs radio.

L’ennemi a évolué en une entité qui est, d’ordinaire, amorphe, sans chaîne de commandement bien définie, et chaque cible de renseignement indépendant conserve une certain nombre detéléphones mobiles différents qu’il utilise, selon ses besoins, pour envoyer des messages écrits par e-mails, les réseaux sociaux et WhatsApp, ou il utilise le réseau Skype basé sur Internet, qui offre des capacités d’enkryptage élémentaire. Le concept global et toutes ses ressources doivent être revus et corrigés, de façon à collecter le SigInt, de nos jours, et ce n’est encore là qu’un exemple du changement en cours.

“Généralement, la communauté du renseignement doit s’adapter et fournir l’information en temps réel concernant les organisations du Jihad et les transferts clandestins d’armement, mais aussi en ce qui concerne les cibles ennemies dans des grottes, souterrains et zones urbaines – de façon à ce que l’information puisse être intégrée et gérée d’urgence et que les cibles puissent être « traitées, par des missiles de précision. Les systèmes de renseignements développés dans le but d’établir la traçabilité et de surveiller tout objet dans l’espace où il se déplace, qui peut être aussi vaste que de quelques kms-carrés, sont, parfois, inconcevables. La conséquence de tout ceci, c’est que le renseignement d’aujourd’hui est radicalement différent, quand on le compare aux méthodes de toutes ces dernières décennies. L’un des changements les plus significatifs réalisés au sein du Directorat des renseignements militaires de Tsahal a, d’abord, consisté en la nomination d’un nouveau commandant de l’agencement des opérations spéciales.

Ce nouveau Commandant, A, a progressé dans sa carrière, au sein de l’Unité 504, en franchissant toutes les étapes, et c’est un spécialiste de l’unité HumInt [renseignement humain]. Il est entré en fonction, avec pour mission de diriger une série d’éléments qui étaient, jusque-là, directementsubordonnés au chef du Directorat des renseignements militaires. Ce poste n’existait pas auparavant et il implique le commandement d’un nombre substantiel d’unités bien connues et bien moins connues ( les plus connues sont les unités spéciales des Renseignements militaires, dont leSayeret Matkal et l’unité technologique R&D, conçue comme une sorte de laboratoire des opérations spéciales, un peu comme l’atelier dirigé par le personnage de « Q », dans les films de James Bond).

Ce nouveau rôle-pivot augmente le niveau de compétences du Chef du Département du Personnel Opérationnel, dirigé par un Général de Brigade, qui est entré en fonction il y a environ 4 ans. Le chef du Département du Personnel Opérationnel opère en tant que Directeur des Opérations (G3) de l’ensemble du Directoire des Renseignements.

D’autres officiers, ayant rang de Général de Brigade, officiant au sein du Directoire de l’Aman, incluent le Commandant de la prestigieuse unité 8200 de cyberguerre et SigInt et l’Officier en chef des renseignements de Tsahal, le Général de Brigade Eli Ben-Moshe. Le règlement prescrit que l’Officier en chef des renseignements de Tsahal serve en tant que chef d’Etat-Major du Directoire, en supplément de son rôle de Chef du corps des officiers, en charge de la constitution des forces au sein du corps du directoire.

Un autre changement récent implique le fait que ce directoire des renseignements militaires de Tsahal a significativement réduit un élément technologique spécifique au sein de l’unité 9900 VisInt (l’unité qui a pour mission de recueillir les renseignements visuels, à partir de la surveillance des satellites et de bien d’autres capteurs visuels). A la place de cette unité, une nouvelle unité technologique a été instaurée sous le commandement du QG de l’officier en chef des renseignements de Tsahal. La nouvelle unité est chargée de fournir une infrastructure technologique standard à toutes les sphères des divers services de renseignement, notamment l’unité SigIntl’unité VisInt, les unités des opérations spéciales et les secteurs HumInt (Unités des renseignements humains qui emploient –autrement dit- des agents secrets).

En même temps, on a créé un nouveau poste supplémentaire, de colonel, pour un officier qui sert en tant que directeur des systèmes d’information du Directorat et des centaines de nouveaux postes ont été ajoutés pour l’activité qui augmente le plus rapidement, dans Tsahal – les savoirs en matière de cyberguerre, dont les opérations offensives sont sous la responsabilité de l’Unité 8200(alors que les opérations défensives sont sous la responsabilité de l’unité Lotem C4I du directorat de Tsahal).

On doit aussi remarquer qu’alors que toutes les autres unités de Tsahal subissent de sévères réductions budgétaires et des licenciements massifs ( depuis le début de 2014, 1.000 membres du personnel régulier ont quitté Tsahal, et le nombre total de soldats de carrière à devoir être licenciés devrait atteindre 2.500, d’ici à la fin de l’année), le directorat des renseignements militaires est le seul secteur à bénéficier de budgets supplémentaires et d’expansion de moyens. En fait, le directoire des renseignements militaires est au sommet de l’échelle des priorités du Ministre de la Défense, Moshe Ya’alon et du Chef d’Etat-Major, le Lieutenant-Général Benny Gantz – même bien au-dessus des Forces aériennes.

Mais est-ce que toutes ces transformations et extensions de moyens se justifient, même au prix des bouleversements et de l’instabilité des postes et fonctions qu’elles provoquent ?

Un officier supérieur des renseignements de Tsahal dit, pour répondre à cette question, que l’évolution récente est le résultat d’un programme complet, renforcé par le directorat des renseignements de Tsahal, au cours de ces dernières années. Le chef du Directorat des renseignements militaires, le Général-Major Aviv Kohavi, dirige ce programme.

Le programme complet, désigné sous le nom de “ Ma’ase Aman » (Un travail d’orfèvre, en Hébreu) a récemment atteint le stade de sa mise en œuvre. Le programme a été développé, par une série d’ateliers, auxquels participent des centaines d’officiers des renseignements et de Tsahal et qui sont approuvés, naturellement, par l’Etat-Major.

L’objectif du programme était d’adapter le Directoire des renseignements militaires aux changements radicaux qui ont lieu dans le monde des renseignements, et en plus des récentes transformations, (soulignées ci-dessus), il comprend des révisions introduites l’an dernier, telles que l’instauration d’un nouveau bureau, connu sous le nom de «  Bureau régional  », au sein de ladivision des analystes des renseignements de Tsahal. Ce nouveau bureau traite de phénomènes quin’existaient pas par le passé, comme le processus d’Islamisation et la présence massive de combattants du Jihad dans la région. Le directoire des renseignements militaires mène aussi un programme complet connu sous le sigle d’IBW (Renseignements fondés sur les tactiques de guerre), dont l’objectif est de fournir des renseignements tactiques en direction de l’échelon tactique –c’est-à-dire les pelotons engagés dans les combats sur le terrain.

Cependant, les joyaux de la couronne de ces transformations présentes dans le processus « Ma’ase Aman » est le programme désigné comme « La mise en réseaux des renseignements » grâce auquel tous les secteurs des renseignements militaires, qui se trouvaient presque totalement isolés etcloisonnés les uns vis-à-vis des autres, devraient communiquer. Par la suite, la même chose devrait s’appliquer à toutes les branches de Tsahal, dans le cadre d’un programme approuvé par le chef d’Etat-Major, avec l’objectif désigné de « Mettre Tsahal en réseaux ».

Aussi, à la place des anciens cloisonnements des différentes activités des renseignements, où chaque domaine d’activité a développé ses propres systèmes, « une couverture des infrastructures », et « un secteur de mise en commun », sont instaurés, grâce au directorat central des renseignements militaires de Tsahal, de façon à ce que tous les secteurs au sein du directoire puissent communiquer les uns avec les autres, sur le fondement de la même base de données et par un réseau standard et les mêmes logiciels d’applications.

Mossad & ISA (Shin Bet)

Des changements organisationnels substantiels se sont opérés au sein des autres agences des renseignements de l’Etat d’Israël, l’ISA (l’Agence de Sécurité –intérieure-) d’Israël et le Mossad.

Au Shin Bet, le changement le plus important et le plus significatif s’est conclu l’an dernier et comprend un renforcement substantiel des cyberactivités, où il est perçu, actuellement, comme l’une des agences leaders dans ce domaine – puisque c’est l’agence qui a pour mission desécuriser toutes les infrastructures nationales et ses systèmes de services publics.

Le Mossad s’est aussi adapté à l’ère de la cyberguerre. Le monde des médias attribue denombreuses opérations de cyberguerre à cette agence, dont l’attaque contre les réacteurs nucléaires par l’utilisation du virus Stuxnet dans les réseaux d’ordinateurs.

Le Mossad a entrepris un bouleversement organisationnel, au cours de ces récentes années. A la suite de la retraite de l’ancien chef du Mossad, Méïr Dagan, pas moins de trois chefs de divisionsont quitté l’organisation, dont les patrons de deux des divisions primordiales, Tevel et Caeseraea. Le transfert de Yossi Cohen, anciennement chef-adjoint du Mossad, à la position de Président du Conseil National de Sécurité, à la fin 2013, a aussi généré de sérieuses ondes de choc.

Cohen était perçu, au sein de l’Institut, comme un agent de terrain né pour ce métier. Son remplaçant, N. provenait de la division technique et sa nomination récente, en tant que chef-adjoint ne s’est pas bien déroulée. Par-dessus tout, l’agence fait face, actuellement à un autre changement structurel, mené par le chef du Mossad, Tamir Pardo. Dans le cadre de cette transformation, l’équipe dirigeante de l’agence est renforcée et les responsabilités qui étaient, auparavant du domaine exclusif des divisions opérationnelles lui sont dévolues. Ce changement, également, ne se passe pas sans opposition interne et c’est peu de le dire.

Au sein du Mossad, il existe un sentiment de réductions de moyens, après les années passes sous les ordres de Méir Dagan, au cours desquelles l’agence a bénéficié d’une croissance substantielle. Pardo ne semble pas intéressé par le fait d’augmenter les capacités du service. Est-ce que cela veut dire que l’agence va devenir moins productive, concernant ses apports traditionnels, dans le domaine opérationnel et de recueil de renseignements, ou risque t-elle destagner ? Il est bien trop tôt pour le dire.

Une chose est certaine, cela dit : les relations entre ces diverses agences des renseignements – l’Aman ou renseignements militaires, le Shin Bet et le Mossad – sont bien meilleures que jamais. Par le passé, il y a des périodes où les responsables de ces agences manifestaient réellement de l’hostilité les uns envers les autres, mais ce n’est plus le cas, à présent, probablement sous l’influence de cette ère de l’information indéfinie, où les différentes organisations n’ont pas d’autres choix que de coopérer intensément, dans le but de détecter et se saisir des extraits pertinents d’information, dans les volumes incalculables de textes et signaux qui circulent sur le Web pour déclencher les opérations qui s’imposent.

israeldefense.com

Source : http://www.jforum.fr/forum/israel/article/israel-la-revolution-en-cours-au

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