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Le journal d'Erasme

Est-il possible de démontrer le caractère vrai ou faux des théories conspirationnistes ?

12 Février 2019, 10:31am

Publié par Paul Auster

Le président François Hollande a affirmé le 14 janvier 2015, lors de sa conférence de presse, qu'"en France, il n'y avait pas de système" ! A quoi faisait-il allusion ? A quoi a-t-il voulu répondre ?

En 2013, une première enquête réalisée en France révélait qu'un Français sur deux croyaient aux théories du complot ! (cf. La moitié des Français croient aux théories du complot, par Jonathan Parienté (Le Monde)) 

Ce phénomène a suscité chez certains intellectuels en mal de succès littéraire et/ou médiatique un désir de se lancer dans une aventure à haut risque qui consiste à tenter d'apporter la preuve, pour certains, que de telles théories sont fondées sur l'analyse de faits bien précis,  et pour d'autres, que de telles théories sont infondées !

Une loi ordinaire contre « la manipulation de l’information »,  dite loi "anti fake news", vient d'être adopté par le Parlement français suscitant des débats parlementaires des plus houleux (voir ici l'ensemble des événements de la procédure d'examen et d'adoption : Justice : lutte contre la manipulation des informations (proposition de loi organique) et des réactions de la part de quasiment tous les segments de la société (voir en particulier Interdit d'interdire : Loi anti fake news : le débat)

Après une présentation très médiatisée et de premiers débats animés en juin dernier, le texte a été discrètement adopté par le Parlement le 20 novembre 2018 puis publié au journal officiel le 23 décembre. Entre-temps, le Conseil constitutionnel, saisi par des parlementaires de gauche, l'avait validé le 20 décembre. Cette loi, votée après six mois de laborieuses discussions parlementaires -le Sénat l'a rejetée à deux reprises-, prévoit trois dispositions phares contre la « manipulation de l'information ».

Reste à voir comment toutes ces dispositions pourront s'appliquer concrètement, alors que le terme de fake news est difficile à définir dans un texte de loi. La fin de l'expression « toute allégation dépourvue d'éléments vérifiables de nature à la rendre vraisemblable » a d'ailleurs été remplacée au cours des débats par « de nature à altérer la sincérité du scrutin ».

« Les fake news ne peuvent pas se réduire à une seule définition, c'est un mélange de vrai, de faux, de sensationnaliste ou encore d'omission », pointe Tristan Mendès France, enseignant au Celsa et spécialiste du numérique. Comme lui, nombre de juristes, associations de journalistes ou parlementaires critiquent un texte au mieux « inapplicable » et « inefficace », au pire « dangereux pour la liberté d'opinion ». Certains craignent notamment une censure préventive, au cas où une information ne soit pas suffisamment fiable… alors qu'elle pourrait ensuite se révéler vraie. Si de nombreux élus pointent les dangers de cette loi, tous s'accordent pour dire que le problème des fake news est réel. La crise des Gilets jaunes l'a de nouveau illustré. 

Or, en pareille matière, comme en Arithmétique dont l'incomplétude permet d'affirmer de manière mathématique qu'une proposition est indémontrable (cf. les travaux de Gödel), la chose n'est non seulement pas aisée, mais elle semble même souvent impossible, surtout lorsque l'on cherche à nier les faits et à enfumer les lecteurs avec des affirmations péremptoires qui révèlent davantage un malaise empreint d'arrogance et de suffisance qu'un véritable souci de la vérité !

Qui détiendrait à ce point le Savoir absolu, c'est à dire la maîtrise sans faille des informations nécessaires, pour oser prétendre affirmer, et mieux encore, démontrer le caractère vrai ou faux des théories conspirationnistes ?

Seuls les esprits faibles qui se sont laissés endoctrinés, les élites prétentieuses et hautaines qui veulent afficher un pouvoir et une influence qu'elles ne détiennent généralement pas, les manipulateurs en tous genres d'autant plus manipulateurs qu'ils sont les invités permanents des médias, ou encore celles et ceux qui ont des intérêts directs ou indirects à défendre l'un ou l'autre de ces points de vue peuvent avoir l'outrecuidance de se le permettre !

Et ils sont nombreux ! Sur la toile, notamment !

S'agissant plus particulièrement de ceux qui affirment haut et fort que ces théories sont toutes infondées, nous nous trouvons là devant un paradoxe irréductible : s'il n'existe aucune possibilité d'organiser des stratégies d'ensemble, si aucun groupe, aucune organisation n'est en mesure de se le permettre, comment des individus isolés ou en petits nombres pourraient-ils détenir l'ensemble des informations qui y auraient trait et qui démontreraient qu'elles sont infondées ?

Le Français a ceci de particulier : il lui arrive parfois d'être cartésien !

L'évidence dans les domaines géopolitiques et stratégiques, c'est assez difficile à admettre ... Et s'ils ont un esprit curieux et une culture générale étoffée, il ne leur a pas échappé que l'histoire montre à quel point une analyse fouillée des dessous des cartes des grands événements historiques ne corroborent pas toujours ceux qui sont enseignés dans les lieux "grand public' comme explicatifs des faits présentés ! Connaissez-vous ce sujet de bac sur la certitude, et ce corrigé officiel qui pose comme précaution les éléments suivants : "Il ne faut pas confondre la certitude, qui reste une disposition subjective de l’esprit, avec la vérité, qui demande une vérification. Mais il ne faut pas non plus limiter la vérité à ce qui est démontrable ou scientifiquement expérimentable." ? 

L'idée même de l'existence d'une gouvernance mondiale à l'oeuvre au service d'un ordre international, idée qui trouve dans nombre d'institutions internationales, d'organisations multilatérales et de cercles de réflexion une certaine concrétisation, comme l'existence au sein des Etats de services spéciaux échappant aux droits et obligations auxquels sont soumis tous les citoyens suffisent à elle seule à susciter de l'intérêt pour la manière dont les décisions se prennent, circulent, se partagent, s'imposent !

Pour autant, ce recours à la suspicion du complot permanent mérite d'être également interrogé (voir à ce sujet par exemple Information : rumeurs ou complots ou encore LA THÉORIE DU COMPLOT EST-ELLE UNE STRATÉGIE DE COMMUNICATION VIABLE ?)

"Il n’est pas possible de résoudre des problèmes en utilisant le même type de réflexion que l’on avait lorsque nous les avons créés."(Albert Einstein) !

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