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Le journal d'Erasme

La situation internationale exige l'ouverture d'un débat démocratique réellement éclairé en France et en Europe

29 Août 2014, 13:59pm

Publié par De La Boisserie

Courant mars, le Conseil européen a fait connaître ses positions à l'égard de la crise ukraino-russe. Des positions très favorables à l'Ukraine et outrancièrement hostiles à l'égard de la Russie, ne laissant aucune place à la diplomatie, le sommet UE-Russie étant annulé et aucune relation bilatérale entre les Etats membres et la Russie n'étant envisagée !

Simultanément, la diplomatie française, placée sous la double responsabilité du président François Hollande et du très silencieux - pour ne pas dire mystérieux, voire pis encore, troublant - ministre des Affaires étrangères et européennes Laurent Fabius, s'emploie à faire montre d'une discipline de fer en s'alignant benoitement, ou plutôt avec un zèle déconcertant, derrière ce qu'elle croit avoir compris de la nouvelle politique étrangère des Etats-Unis .... (cf. à cet égard http://www.monde-diplomatique.fr/2014/04/ROBERT/50333)

Le ton "va-t-en guerre" de Laurent Fabius et de ses équipes diplomatiques - dont les principaux acteurs ont été mis à l'honneur à l'époque de Bernard Kounchner, et donc du très vélléitaire président Nicolas Sarkozy - adopté à l'égard de la Syrie et de son président malgré de très nombreuses études invitant à la prudence, ton fort peu diplomatique qui a succédé au dramatique "allons-y" à l'égard de la Lybie au point de mettre mal à l'aise à la fois le Parlement britannique et l'équipe du président Obama,

le changement radical de posture à l'égard d'une Russie en quête d'un renouveau de son statut international alors qu'il y a peu d'années, le président Sarkozy et le président Poutine oeuvrait collectivement à l'établissement d'un traité de sécurité européenne probablement suffisamment peu en odeur de sainteté à Londres, à Bruxelles comme à Washington pour être rapidement passé par pertes et profits, renouveau que l'agenda international lui a permis de concrétiser avec les succès que l'on sait, au point de rendre la présence de la Russie indispensable au sein des instances en charge de la résolution pacifique des crises majeures, que ce soit à l'égard du dossier israélo-palestinien, du dossier syrien ou du dossier iranien, 

l'incompréhensible politique 'deux poids deux mesures'  à l'égard des monarchies du golfe et du Proche Orient, 

le silence - révélateur d''ambiguîtés stratégiques pour le coup 'non constructives' et de 'comportements suspects' au sein des institutions de la République - des dirigeants à l'égard des atteintes récurrentes à la sécurité nationale par des agences de sécurité étrangères 'amies',

le suivisme muet des autorités françaises à l'égard de négociations bilatérales ou plurilatérales capitales pour l'avenir des Européens sous la conduite d'une Commission européenne relativement autiste aux alertes qui lui sont adressées,

l'engagement sur de nombreux théâtres de crises de nos forces spéciales

tout ceci doublé d'un rétrécissement stratégique et militaire de la France engagé par le président Sarkozy et confirmé et renforcé par la nouvelle équipe au pouvoir, 

désespèrent non seulement les experts aguerris aux grands défis stratégiques et diplomatiques, mais également une grande partie de ce que les médias et le personnel appellent avec condescendance 'l'opinion publique' - cette opinion que l'on façonne au gré des vents et que l'on prend abusivement pour la position d'une nation -, alors qu'il s'agit tout simplement de citoyens à la foisintègres, lucides, responsables et exigeants, et d'organisations soucieuses de voir les représentants légitimés par les processus électoraux s'attacher à ne pas se laisser entraîner tantôt par une haute administration endoctrinée (principalement néoconservatrice), tantôt par des acteurs tiers imposant par la force de leur influence leurs choix politiques, stratégiques et diplomatiques !

Assistant à un très important colloque sur les enjeux stratégiques au cours duquel les principaux responsables diplomatiques et militaires français ont pu exprimer leur point de vue et/ou ceux des départements ministériels et think tanks 'non indépendants' qu'ils représentaient, j'ai pu constater à quel point une grande partie des auditeurs, forcément quelquepart experts de ces questions, non seulement n'adhéraient pas aux positions exprimées mais y opposaient des arguments d'une force apodictique bien plus élevée que celle déployée dans les argumentaires légers - et pour cause _ des premiers !

Comme Proust, nombreux qui aspirent à la paix, à la sécurité, à la prospérité et à la solidarité entre les nations sont désespérément à la recherche du temps perdu ! Et sont convaincus que le temps retrouvé exige que cesse cette comédie dramatique dans laquelle le corps diplomatique français, et pis encore, les dirigeants actuels de la nation, ont mis en scène sous l'influence de biens mauvais visionnaires et stratèges !

La diplomatie - comme la politique, d'une manière plus générale - est la manifestation tangible du souffle de civilisation qui tente d'humaniser et d'organiser les relations internationales.

Elle est l'expression concrète de la promesse démocratique à l'échelle du monde !

Elle n'a pas vocation à servir des idéologies, des dogmes, des objectifs, des intérêts, des acteurs qui ne présentent pas des garanties suffisantes quant à leur aptitude à rendre possible ce qui est nécessaire et impossible ce qui est inacceptable pour les nations et les peuples dont les projets collectifs s'inscrivent - ou ont la vocation de s'inscrire - dans une trajectoire historique longue qui ne viendrait pas heurter, nier ou interdire les consensus, les résolutions et les efforts d'une communauté internationale en quête d'un monde plus sûr et plus équitable et d'une humanité dépouillée de ses instincts les plus grégaires !

Elle n'a pas vocation à oeuvrer pour rendre impossible ce qui leur apparaît nécessaire et à rendre possible ce qui leur apparaît inacceptable !

Aussi doit-elle s'attacher à ne jamais radicaliser ses objectifs, ses positions et ses stratégies à partir d'une lecture figée et étroite de l'état du monde et de ses dirigeants, ne serait-ce que pour laisser une chance à ces projets collectifs qui fédèrent les volontés et dynamisent les énergies sans lesquelles la politique ne serait que chimère !

Les citoyens européens ne peuvent être considérés comme portion congrue face à cette situation polémogène à laquelle la posture diplomatique française concourt largement !

Les médias institutionnels, chaines d'information privées comme chaînes d'information publiques, relaient abondamment les organes de communication gouvernementaux en charge de noyer le poisson dans les eaux troubles de l'enfumage des harengs saurs !

Or, en pareille matière comme dans d'autres, la manipulation de l'information n'est pas l'apanage des seuls dictatures et régimes autocratiques ou communistes !

En examinant le comportement des médias et des personnels politiques, Noam Chomsky a dénombré 10 stratégies de manipulations pour contrôler le peuple : https://whyweprotest.net/community/threads/les-10-strat%C3%A9gies-de-manipulation-des-masses-par-n-chomsky.108569/  

Les dirigeants politiques et les diplomaties européens ne disposent pas d'une légimité suffisante pour statuer en leur nom en pareille matière !

En France, alors que les enjeux de la crise ukraino-russe ne relèvent ni uniquement de la défense nationale, ni uniquement de la diplomatie stricto sensu,  et alors même que la constitution de la Vème République ne contient aucune disposition relative à la sécurité nationale, ni les uns ni les autres ne peuvent engager la Nation, sans contrôle politique et démocratique authentique, dans un processus dont tout le monde comprend qu'il leur échappe chaque jour un peu plus, au point de faire craindre des surenchères injustifiables et inacceptables pour servir une stratégie qui n'a pas reçu de consensus national !

L'heure est au sursaut démocratique, ne serait-ce que pour que la Nation reste pleinement souveraine des décisions qui mettent en péril sa sécurité et sa stabilité face à l'inconnu, et encore plus face à l'inacceptable !

Souvenons-nous de l'attitude épouvantable des dirigeants un peu partout sur le continent européen en 1914 comme de celle de la Gauche française face à la violence, aux conflits et aux crimes au cours de l'Histoire (cf. http://www.regards-citoyens.com/article-de-l-attitude-de-la-gauche-face-a-la-violence-au-cours-du-xxeme-siecle-111471469.html )

Il appartient plus que jamais aux représentants démocratiques de la nation de débattre de la position de la nation face aux risques d'aggravation de cette situation ! En laissant aux citoyens la possibilité de prendre toute leur part à l'élaboration des décisions collectives dans des registres aussi graves que ceux des relations internationales, de la paix et de la sécurité (cf. http://www.revue-interrogations.org/L-engagement-dans-les-espaces-de).

"Prenez garde à celui qui se couvre du manteau de la vertu et qui, par ce moyen, trompe et trouble l'univers" (Tchouang-Tseu)

« Nous ne craignons pas tant notre incompétence que notre puissance.

C’est la luminosité de notre âme, et non ses ténèbres, qui nous effraie le plus.

Nous nous demandons : “Pourquoi serais-je, moi, un être brillant, magnifique, talentueux, formidable ?”

En réalité, pourquoi ne le seriez-vous pas ?

Votre manque de grandeur ne sert pas le Monde.

Il n’y a aucune noblesse à rester médiocre pour rassurer les autres.

La grandeur n’est pas l’apanage de quelques élus, elle est présente en chacun de nous.

Lorsque nous laissons notre âme répandre sa lumière, nous permettons inconsciemment aux autres de révéler la leur.

Lorsque nous nous affranchissons de notre propre peur, notre présence libère automatiquement les autres. »

Nelson  Mandela    (1918-2013)

« La civilisation, la vraie, se construit non sur des complicités faciles, des démissions, des esclavages

mais sur des refus, des ruptures »

(Théodore Monod)

Cet article a été publié une première fois sur ce blog en avril 2014.

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