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Le journal d'Erasme

Bâtir une défense commune pour assurer l’autonomie politique et stratégique de l’Union européenne ! Du constat d’absence d’un tel projet politique dans l’agenda européen !

2 Juillet 2013, 08:06am

Publié par Patrice Cardot

Alors que les débats qui entourent les négociations en cours autour de l'avenir de l'Union économique et monétaire - UEM - et de sa gouvernance mettent de plus en plus fréquemment en avant la nécessité d'une avancée vers un schéma fédéral, se pose à nouveau la question de la poursuite de la construction européenne en direction d'une union politique à la fois 'effective' et 'efficace' alors que l'Union voit sa crédibilité s'affaiblir au niveau international (cf. L'Union européenne confrontée à sa perte de crédibilité ainsi que Union politique : ne rêvons pas ! Nous en sommes encore très loin !) ! 

Outre le fait que derrière ces notions de "fédéralisme" et d'"union politique" se cachent en fait de nombreuses conceptions comme le souligne Yves Bertoncini (Saut fédéral ou unions politiques ? par Yves Bertoncini (Notre Europe)), une avancée vers l'Europe politique est-elle vraiment possible (cf. Europe politique : un espoir est-il raisonnable ? par Alain Richard (Revue Politique étrangère)) ?  

Composante essentielle d'un véritable projet politique d'une entité internationale unissant des Etats-nations ayant décidé de partager durablement leur destin comme leur souveraineté, y compris dans les domaines régaliens comme la monnaie, la diplomatie et la sécurité - au sens le plus large du terme -, un projet de défense commune au sein et au service de l'Union européenne n’aura de véritable sens et de portée que s’il permet :

 - de sceller entre les citoyens de l’Union et les institutions politiques, démocratiques et militaires de l’Union un pacte de nature à la fois politique et constitutionnelle qui confèrerait une citoyenneté européenne pleine et entière à chacun des citoyens de ses Pays membres,

 - tout en dotant l’UE de l’ensemble des attributs de sa souveraineté qui lui permettront d’être un acteur jouissant d’un statut international et d’une capacité à agir pour la paix et la sécurité internationale conformément à ses engagements internationaux et aux dispositions de la Charte des Nations Unies, à atteindre ses objectifs stratégiques et de sécurité, à sauvegarder ses objectifs stratégiques et de sécurité sans qu’il lui soit nécessaire de s’en remettre à un tiers, à constituer un partenaire stratégique crédible, prévisible et respecté des autres acteurs globaux, à sceller des alliances militaires équilibrées, à contracter des accords de défense avec les Pays amis qui le lui en feraient la demande, et, si elle en décide ainsi de devenir un véritable acteur global dans le monde, c'est-à-dire un acteur à même de réaliser des missions globales, de portée globale, avec des partenaires globaux.

Un projet de défense commune n’aura d’intérêt pour l’Union européenne, pour les Etats qui la composent, pour ses citoyens, pour ses acteurs stratégiques et économiques comme pour ses partenaires internationaux, qu’à la double condition expresse :

 - que l’Union parvienne à prendre la place qui lui revient dans les organisations internationales et multilatérales qui régissent les régulations et les codifications internationales, notamment celles qui interviennent sur le registre de la sécurité (en particulier au sein de l'OTAN),

 - et que son corps de doctrine et les moyens qui seraient dédiés à sa mise en application (cf. Acteurs et structures de la PSDC ) viennent étayer une politique étrangère et de sécurité commune - PESC - à même de déployer l’ensemble des garanties de sécurité, des mesures de confiance et des mesures de réassurance requises pour assurer l’opérationnalité effective des cinq grandes fonctions stratégiques (anticipation/connaissance, dissuasion, prévention, protection, intervention) sur laquelle doit impérativement s’articuler sa propre stratégie de sécurité à l'instar du modèle offert notamment par la stratégie de sécurité nationale en France (cf. La stratégie de sécurité nationale : définition et objectifs ).

Force est de déplorer que la trajectoire choisie et voulue aujourd’hui par les décideurs politiques européens en matière de défense n’autorise pas à penser que la concrétisation d’un tel projet soit envisageable à court ou moyen terme.

Malgré ses nombreuses initiatives, déclarations, positions communes, conférences et stratégies en tout genre, bien que le Traité de Lisbonne clarifie les principaux buts et les grands objectifs de la PESC - et de la PSDC qui en est une composante majeure -, et bien qu’elle se soit attachée à fixer ses objectifs stratégiques, à identifier ses intérêts stratégiques, et à dessiner les contours de ses partenariats stratégiques, l’Union européenne, qui éprouve de réelles difficultés à établir et à rendre visible les grandes orientations de sa politique étrangère et de sécurité commune, ne parvient ni à proposer une vision claire du contenu stratégique de son projet politique ni à concrétiser traduire ses engagements capacitaires au point de ne plus être en mesure d’assurer une opérationnalité pleine et entière de sa PSDC ! Et ce quand bien même elle donne peu ou prou l'impression de parvenir à se définir une stratégie globale (cf. Strategic foresight - and the EU, by Antonio Missiroli (EUISS - Brief N°13 - 20 February 2013) ;  Ce dont l'Union européenne a le plus besoin aujourd'hui, c'est d'une vision stratégique de sa véritable place comme acteur global dans le monde ; Existe-t-il un intérêt stratégique européen ? ; Les 7 péchés capitaux de la PESC ! (nouvelle édition) ; Service européen d’action extérieure de l'Union européenne : des faits et des questions ; "Thinking strategically about the EU's external action" - "Un nouvel élan pour une stratégie d'action extérieure de l'UE" ("Think Global - Act European / Notre Europe - Institut Jacques Delors) ; Vouloir bâtir une Europe politique comporte des exigences irréductibles ! (nouvelle édition) ainsi que Penser la stratégie signifie aujourd'hui penser et agir de manière à la fois globale et systémique ).

Pis encore, alors qu'elle est en charge de la politique de sécurité de l'Union, Catherine Ashton affiche à cet égard un désintérêt qui confine à de l'irresponsabilité pure et simple en même temps qu'il participe à accréditer l'hypothèse de l'existence d'un agenda géostratégique caché (voir plus bas) !

Les différents processus attachés à la PSDC éprouvent d’autant plus de difficultés à produire les résultats attendus que ses Etats membres ont pris le parti de redimensionner leur propre système national de défense pour tenir compte de la nouvelle donne stratégique et des effets de celle-ci sur les grands équilibres de leur propre stratégie de sécurité nationale, et ont arrêté des choix stratégiques pour l’intervention de l’Union dans la prévention des conflits et la gestion des crises régionales et internationales (primauté au dialogue politique, à la médiation, à la négociation, à la prévention, au règlement pacifique des différends ; recours à toute la palette des instruments civils, civilo-militaires et militaires de gestion de crise ; recours à des accords avec des tiers (cf. Les accords cadres PSDC passés par l’UE avec des pays tiers – le point, par Nicolas Gros-Verheyde (Bruxelles2.eu)) ; etc.) qui tendent à sous-dimensionner le rôle de l’instrument militaire ; et ce alors même que le volet spécifiquement militaire de la PSDC, sa déclinaison programmatique et capacitaire comme l’autonomie compétitive de son assise industrielle et technologique pâtissaient déjà des contraintes otaniennes extrêmement lourdes qu’imposent à la fois les engagements souscrits par les Etats européens membres des deux organisations au travers notamment du processus de Berlin + et de l'initiative de "smart defence" (http://www.nato.int/cps/en/SID-9DC1CB74-8B5CCD27/natolive/topics_84268.htm? ou encore Smart Defense and the Future of NATO : Can the Alliance Meet the Challenges of the Twenty-First Century ? by Camille Grand (Fondation pour la Recherche Stratégique - FRS -)), ainsi que le respect des trois critères qui, du point de vue des Etats-Unis, doivent conditionner la validité de la démarche européenne sur le registre de la Sécurité (non duplication, non discrimination, non decoupling) et de ceux qui s’y sont substitués en 1999 après la révision du concept stratégique de l’Organisation (improvement, inclusiveness, indivisibility).

Le fonctionnement des battlegroups laisse toujours à désirer. A la conférence de coordination, qui s’est tenue le 19 avril 2012, seules deux astreintes ont été remplies pour chacun des semestres de 2016 (au lieu de quatre, 2 par semestre). Tous les autres « trous » n’ont pas été comblés. Ce qui fait qu’il n’y a qu’un seul battlegroup de permanence pour tous les semestres de 2013 à 2016, avec une seule exception : au 2e semestre 2014. Voilà où en est aujourd'hui l'engagement des Etats membres de l'UE en faveur de la PSDC. (voir à cet égard Battlegroups. Pourquoi le planning n’est pas tenu ? La réflexion continue, par Nicolas Gros-Verheyde (Bruxelles2.eu) )

Outre le fait que l’absence au sein de l’Union européenne d’une réelle volonté politique partagée par une majorité de citoyens européens d’avancer vers une intégration politique plus marquée rend des plus illusoire, à moyen terme, les abandons, partages et transferts de souveraineté qu’exige un tel projet de défense commune, l’état actuel des systèmes de défense nationaux des Etats membres de l’Union et les évolutions que laisse augurer la situation catastrophique de leurs finances publiques ne permettent pas d’envisager un rehaussement de leur engagement en faveur d’une défense commune.

Or comment interprêter le fait que lorsque la commission spéciale sur les défis politiques et les ressources budgétaires pour une Union européenne durable après 2013 a préparé la résolution intitulée 'Investir dans l'avenir : un nouveau cadre financier pluriannuel (CFP) pour une Europe compétitive, durable et inclusive' que le Parlement a adopté le 8 juin 2011 (http://www.europarl.europa.eu/sides/getDoc.do?type=TA&reference=P7-TA-2011-0266&language=FR&ring=A7-2011-0193), soit un mois après que ce même Parlement ait adopté une autre résolution majeure sur 'le developpement dela  PSDC après la mise en oeuvre du Traité de Lisbonne'(http://www.europarl.europa.eu/sides/getDoc.do?type=TA&reference=P7-TA-2011-0228&language=FR), et un mois avant l'adoption d'une autre résolution tout aussi fondamentale sur 'l'approche du Parlement européen relative à la mise en œuvre, dans le domaine de la PESC et de la PSDC, des articles 9 et 10 du protocole n° 1 du traité de Lisbonne sur la coopération interparlementaire' (http://www.europarl.europa.eu/sides/getDoc.do?pubRef=-//EP//TEXT+TA+P7-TA-2011-0337+0+DOC+XML+V0//FR), elle n'a pas jugé nécessaire d'inscrire comme défi politique la baisse sensible des budgets de la défense en Europe, baisse tendancielle amplifiée par les impacts des crises financière et de la dette souveraine sur ces budgets partout en Europe ? Certes, la résolution d'initiative du 14 décembre 2011 sur 'l'impact de la crise financière sur le secteur de la défense dans les États membres de l'Union européenne' (http://www.europarl.europa.eu/sides/getDoc.do?pubRef=-//EP//TEXT+TA+P7-TA-2011-0574+0+DOC+XML+V0//FR) a tenté de changer la donne ! Mais  6 mois après la communication par la Commission européenne de ses propositions pour le prochain cadre financier pluriannuel ! (Sic !) 

Engagée à la fois dans un processus d’élargissement sans fin en même temps que dans un nouvel agenda transatlantique qui dessine les grands contours de sa relation stratégique privilégiée avec les Etats-Unis, une relation qui fixe un agenda contraignant à l’approfondissement continu de sa relation avec l’OTAN et qui tend à paralyser les quelques velléités d’autonomisation stratégique et politique de certains de ses Etats membres, l’UE semble systématiquement tenue d’aligner ses positions sur celles de son principal allié.

L’élargissement des grandes missions de l’OTAN décidé lors de la dernière révision de ce concept stratégique aux trois enjeux suivants : sécurité coopérative, gestion des crises, défense collective, participe indubitablement à renforcer encore davantage ces contraintes en même temps qu’il crée les conditions d’une compétition accrue entre l’OTAN et l’UE dans leur quête respective de jouer un rôle central sur l’échiquier international par la voie du partenariat !

A cette situation critique s'en ajoute une autre : la fragilisation de la base technologique et industrielle européenne de défense se renforce chaque année en l'absence de programmes de coopération réellement structurants, et d'une véritable consolidation à l'échelle de l'Europe, laissant entrouverte la porte à une consolidation essentiellement transatlantique : cette dernière trouvant à la fois dans les processus de standardisation de l'Otan, dans l'initiative de "smart defence" de cette organisation (voir ci-dessus) et dans le processus de "pooling and sharing" , qu'il soit propre à l'Otan  comme le recommande la Directive stratégique (Strategic Guidance) américaine de janvier 2012 ou propre à l'UE ( factsheet - pooling sharing - 301111 1.sflb factsheet - pooling sharing - 301111 1.sflb ) et dans la relation spéciale qui lie le Royaume-Uni aux Etats-Unis, les leviers nécessaires, au risque de permettre aux entreprises et investisseurs non européens de tirer la meilleure part de cette consolidation comme en attestent les derniers rebondissements du dossier F35 : lm 120512 06 lm 120512 06 ) ! A celà s'ajoutent les effets sur la stratégie commerciale de ces entreprises stratgéiques de l'absence d'un véritable marché intégré européen dans le domaine de la défense. Dès lors, leur appareil industriel est naturellement organisé pour répondre aux besoins des différents segments du marché international de l'armement ! Mais qui s'en préoccupe aujourd'hui au sein des institutions européennes et des capitales européennes ? 

Qui se préoccupe du redéploiement du système Echelon au profit des intérêts économiques et stratégiques des seuls Etats-Unis ? Qui se préoccupe de la place qu'occupe soudainement dans l'agenda transatlantique le développement d'une cyberdéfense tout aussi inquisitrice ? Qui se préoccupe enfin des travaux parlementaires au sein du Congrès américain qui, en visant à rendre possible partout dans le monde des intrusions informatiques en provenance des services de l'administration européenne au nom des intérêts les plus légitimes de sécurité nationale des Etats-Unis, autoriseraient ces derniers à opérer une surveillance continue des transactions de toute nature intervenant entre des agents économiques ou privés dans le monde (cf. USA Patriot Act : un risque majeur pour la confidentialité des données dans le Cloud, par Jamal Labed (Le Monde) ainsi que Retour sur images : Effets extraterritoriaux du USA Patriot Act - Droit à la vie privée, par Me Alain P. Lecours (2006) ) ?
On le voit bien, la dimension globale du projet d’intégration euro-atlantique, par ses effets probables sur la reconfiguration de l’assise industrielle et technologique européenne de la PSDC, participe à rendre illusoire la concrétisation à moyen terme du projet de défense commune inscrite au traité sur l’Union européenne comme un objectif possible de l’UE si les Etats membres en décidaient ainsi (cf. à cet égard, notamment Sustaining U.S. Global Leadership: Priorities for 21st Century Defense (DoD - January 2012) ; Les institutions européennes se seraient-elles mises au service d'une prophétie autoréalisatrice d'Union transatlantique ? (nouvelle édition) ;José-Manuel Barroso plaide pour des liens renforcés entre l’UE et l’OTAN ;http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/la-creation-de-l-union-atlantique-49881 ouencore Jusqu'à quel niveau d'intégration l'agenda transatlantique nous entraînera-t-il, sans aucun débat démocratique ?)

L'élargissement sans fin de l'Union, bien qu'indispensable à maints égards au projet politique européen, ne favorise en rien les convergences, intégrations, consolidations, mutualisations et partages indispensables à une véritable politique de défense commune (La fatigue du processus d'élargissement de l'UE met le projet politique européen en péril ! ) ! D'autant moins que son agenda est strictement calé sur celui de l'élargissement de l'Otan qu'il semble avoir vocation à préparer !

L'Onu-isation de la PSDC que traduisent non seulement la conception britannique d'une PSDC centrée sur la prévention des conflits et la réponse aux crises lorsqu'elles se produisent dès lors qu'il n'est pas quastion de haute intensité militaire, mais également la décision d'ouvrir les missions de la PSDC à des pays tiers, non nécessairement amenés à intégrer un jour l'Union (cf. Les accords cadres PSDC passés par l’UE avec des pays tiers – le point en date du 20 avril 2012), ajoute encore à cet état de fait.

Un tel constat semble n’avoir jamais été posé de manière aussi explicite en Europe, notamment par les personnalités politiques, les diplomates, les états-majors (cf. Les militaires européens souhaitent-ils vraiment une politique de sécurité et de défense commune européenne qui ne se limiterait pas à un 'simple' pilier européen de l'OTAN ? (nouvelle édition ) et les experts des think tanks et autres fondations prolixes en études, déclarations et communiqués.

Il convient donc de raison garder à l’égard du projet de défense commune sans pour autant renoncer à anticiper et/ou à susciter les évolutions doctrinales qu’exigeront les évolutions de l’échiquier stratégique international sous les effets combinés et cumulatifs des crises régionales et des crises globales et/ou systémiques qui pourraient surgir dans les années à venir (cf. WEF GlobalRisks Report 2013 WEF GlobalRisks Report 2013 ) et de la mutation stratégique qu'opère la mondialisation.

Il est heureux que la France ait décidé consensuellement de maintenir son appareil de dissuasion nucléaire, et d'apporter au Royaume-Uni l'assistance indispensable à ce dernier pour se maintenir dans le club des Etats nucléaires, de manière à ce qu'il demeure en Europe un espace d'autonomie stratégique !

Comme il est heureux que les autorités françaises aient perçu les menaces que fait peser le projet de défense anti-missile balistique sur le maintien de cette capacité stratégique essentielle (cf. Comment la France doit-elle se positionner à l'égard du projet de défense antimissile balistique (DAMB) ?) quand bien même elles se soient associées à leurs partenaires de l'Otan pour déclarer opérationnelle, lors du sommet de Chicago de la fin mai 2012, la phase intérimaire de ce système !

Pour autant, en raison de l'obligation qui pèse aujourd'hui sur l'Union européenne, si elle veut jouer un rôle sur la scène internationale, des initiatives doivent être entreprises à court/moyen terme de manière à créer les conditions cadres susceptibles de modifier les choses dans un sens favorable en prenant pleinement acte, avec Jean Monnet, que " la coopération entre les nations ne résout rien. Ce qu'il faut chercher, c'est une fusion des intérêts européens et non pas seulement l'équilibre de ces intérêts. "

Elles devront être précédées d'une analyse aussi exhaustive et lucide que possible des grandes interrogations que soulève un tel projet politique (cf. à cet égard, notamment, Interrogations préalables à l'établissement d'un ‘concept stratégique global’ pour la politique de Sécurité de l'Union européenne).

Quand bien même l'élaboration de l'Union politique ne peut s'inscrire que dans un "temps long", abandonner ce projet aux thuriféraires d'un agenda transatlantique dans lequel s'évanouirait toute vélléité d'autonomie politique et stratégique de l'Union européenne relèverait purement et simplement de l'irresponsabilité politique !

S'il est un domaine où la coopération européenne progresse à un rythme 'raisonnable', c'est bien celui du transport aérien militaire (cf. S'il est un domaine où la coopération européenne progresse à un rythme raisonnable, c'est bien celui du transport aérien militaire ! Une preuve supplémentaire : les initiatives EATC et EATF) ! Une preuve supplémentaire nous est offerte avec les initiatives dont les acronymes - en anglais - sont EATC (European Air Transport Command) et EATF (European Air Transport Fleet) ; initiative franco-allemande dont le mérite revient au général d'Armée aérienne Jean-Paul Paloméros, alors major-général de l’Armée de l’Air, et au Lieutenant-Général Kreuzinger-Janik, Inspecteur de la Luftwaffe.  

Agissons pour que cet envol réussi emporte avec lui bien d'autres progrès !

Il est incontestable que la voie vers une véritable politique européenne de défense commune sera d'autant plus dégagée que les Européens seront parvenus à réaliser cette Union économique, monétaire, fiscale et bancaire sans laquelle aucune ambition stratégique européenne n'aura de sens !

En parallèle à ces grands mouvements de négociation autour de l'UEM et de l'eurozone, dix ministres des affaires étrangères de l'Union européenne viennent - soudainement - de se prononcer en faveur d'une revitalisation de la politique de défense commune, cette politique vers laquelle, selon le traité, doit tendre la politique de sécurité et de défense commune (cf. « Revitalisons la politique de défense commune » disent dix ministres européens des Affaires étrangères). Plus récememnt encore,  d'autres voix politiques importantes sse sont élevées à nouveau en Europe pour appeler à reprendre le chemin vers une véritable politique de défense commune au sein de l'Union européenne (cf. notamment celle du ministre français des Affaires étrangères et européennes, Laurent Fabius :Relance de la PSDC - Intervention de M. Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères, devant les Ambassadeurs polonais (Varsovie, 26 juillet 2012) ).

Comment ne pas voir là le signe d'une volonté politique réelle de faire bouger les lignes dans la direction d'une Europe plus politique qu'elle ne l'est aujourd'hui ! 

Il est grand temps de passer aux actes, en faisant la démonstration par la preuve que cette volonté affichée correspond bien à une volonté résolue et sincère !

Sachons concrétiser les espoirs que beaucoup d'Européens ont placés dans le processus de pooling and sharing (cf. à cet égard http://www.regards-citoyens.com/article-le-pooling-and-sharing-en-pratique-les-projets-de-l-agence-de-defense-europeenne-par-nicolas-gros-verheyde-bruxelles2-eu-62801789.html

Sachons accompagner l'Allemagne dans son initiative aussi courageuse qu'indispensable de réforme de son Armée, une réforme qui semble se dérouler dans de mauvaises conditions (cf. à cet égard La grogne monte dans la Bundeswehr, par David Philippot (Le Figaro)) et sans véritable concertation avec les autres Etats membres de l'Union européenne intéressés par une véritable consolidation des systèmes de défense à l'échelle de l'Union (Quatre pays pour une Europe plus forte dans le monde )!

Sachons également accompagner autant que nécessaire la Commission européenne et ses partenaires du SEAE et de l'Agence européenne de Défense dans sa démarche de clarification de son champ d'intervention en pareille matière au travers de la 'Task Force Defense' qu'elle a mise en place en septembre 2011 sur la triple initiative du président José Manuel Barroso et des Commissaires Michel Barnier et Antonio Tajani (*) ; démarche que consacrera prochainement la publication de sa communication intitulée 'Developing a strong defence industrial base for a secure Europe – A New Deal for European Defence'  (cf. à cet égard Recommandations pour l'élaboration de la communication de la Commission européenne relative aux enjeux de défense européenne - Première partie - ainsi que "Une communication stratégique"), puis la tenue en décembre 2013 d'un Conseil européen sprécifiquement dédié aux questions de défense. 

Et ce quand bien même le Royaume-Uni confirme dans un document public (cf. Manifesto for change - A new vision for the UK in Europe (UK Fresh Start Report)) son opposition la plus stricte à toute initiative qui permettrait, à terme, à l'UE de disposer d'une défense commune non réduite au seul socle européen de l'OTAN (rappelons ici les positions exprimées dans ce manifesto : NATO remains the cornerstone of Britain’s defence strategy and nothing should be done to undermine it. As all aspects of Common Security and Defence Policy (CSDP) are decided by unanimity, the UK should use its veto to block any measure that does not meet its objectives. CSDP must not be allowed to become a vehicle to challenge NATO, nor to create a European Operational HQ, nor to create a “European Army”. Some EU operations have added value, and the UK should retain its membership of the European Defence Agency so long as it continues to deliver real, practical, capability.)

Si nécessaire, et ce sera probablement le cas, osons mettre en oeuvre une coopération renforcée dans le domaine de la Politique étrangère et de sécurité commune de l'UE, condition sine qua non de l'établissement de l'indispensable coopération structurée afin que l'Union européenne puisse un jour exercer, en responsabilité et au niveau d'ambition attendu par ses propres citoyens, l'ensemble de ses responsabilités stratégiques (cf. Mettons en oeuvre une coopération renforcée dans le domaine de la Politique étrangère et de sécurité commune de l'UE, condition sine qua non de l'établissement de la coopération structurée ).

(*) Le 5 septembre 2011, le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso demandait aux Commissaires au Marché Intérieur, Michel Barnier, et à l’industrie, Antonio Tajani, de relancer les travaux de laTask Force interne (TFD) sur les sujets relatifs aux marchés et industries de défense et sécurité.

En mai 2012, la TFD a produit quatre notes blanches présentant les orientations et avancées de ses travaux :

Une note générale de contexte

Une note sur les questions de Marché Intérieur

Une note sur les questions de R&D

Une note sur les questions de politique industrielle

Dans un courrier datant du 17 juillet 2012 et adressé à M. Barnier et A. Tajani, J.M. Barroso indique son intention d’inclure des développements sur le secteur défense dans la communication sur la politique industrielle de l’UE, devant paraitre d’ici la fin de l’année. Il y cible deux sujets qu’il souhaiterait voir explorer par la TFD dans ce cadre :

- Etablissement et consolidation de « centres d’excellence » industriels et technologiques ;

- Développement d’une stratégie de R&D&I visant au maintien des capacités technologiques clés.

Cette lettre témoigne, d’une part, de l’intérêt porté par les instances politiques communautaires aux questions de défense, et notamment, à celles liées au soutien à la BITDE (les notes blanches de la TFD insistent sur la nécessité de garder une BITD compétitive au niveau européen). On ne peut que se féliciter de ce soutien politique du président de la Commission aux travaux de la TFD à un moment où les contraintes budgétaires mettent les industries intervenant dans le champ de la défense sous très forte pression.

D’autre part, ces orientations devraient donner lieu à de nouvelles initiatives de la Commission, qui pourraient impacter potentiellement très fortement la structuration des BITD et conséquemment les interdépendances stratégiques au sein de l’UE. En ce sens, les termes dans lesquels se posera le débat dans le futur seront d’une importance capitale dans la définition de ces interdépendances et d’une BITDE.

Les conclusions du Conseil européen de la mi-décembre 2012 comportent en elles-mêmes des voies de progrès, ne serait-ce que parce qu'elle dresse une feuille de route très claire pour l'année 2013 au terme de laquelle le Conseil européen se réunira pour statuer de manière concrète sur les grands dossiers PSDC qui lui auront été soumis (cf.Conclusions of European Council / Common Security and Defence Policy (Brussels, 14 December 2012) ).

***

Cet article est une mise à jour de l'analyse publiée sur le blog www.regards-citoyens.com au début de l'année 2012. 

Il a été également publié sur le site www.european-security.com : http://www.european-security.com/index.php?id=6130  

Voir également sur ce même registre :

 * Bilan - officiel - de 10 années de PESD 

 * Statement of the President of the European Council, Herman Van Rompuy, at the Chicago NATO Summit (Chicago, 20 May 2012)

 * Relancer sans délai le projet d’Union politique autonome pour éviter le rétrécissement stratégique de l'Europe

Le Conseil européen devrait relancer la réflexion stratégique, estime le président du Comité militaire de l'UE, le général de Rousiers

Existe-t-il un intérêt stratégique européen ?

*  De l'épineuse question des objectifs stratégiques de l'Union européenne

*  Ce dont l'Union européenne a le plus besoin aujourd'hui, c'est d'une vision stratégique de sa véritable place comme acteur global dans le monde  

 * Positions officielles du Général Charles de Gaulle sur l'Alliance atlantique, l'OTAN et la place de la France dans ces entités

 *  De la puissance d'un Etat ou d'un groupe d'Etats      

 * De la nécessité de réfléchir à un recours au budget de l'UE pour le financement de la PSDC et des politiques qui lui sont connexes

 * De la prise en compte des investissements de défense dans le prochain cadre financier pluriannuel de l’UE : les termes de l'enjeu     

 * De la prise en compte des investissements de défense dans le prochain cadre financier pluriannuel de l’UE : éléments d’analyse complémentaires et pistes envisagées

Du réexamen de la stratégie européenne de sécurité 

 * Interrogations préalables à l'établissement d'un ‘concept stratégique global’ pour la politique de Sécurité de l'Union européenne

 * Pooling and sharing : faut-il un eurogroupe des budgets de défense ?  

 * Avis du Comité économique et social européen sur l'industrie européenne de défense     

 * Le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian et son homologue britannique Philip Hammond se sont réunis à Londres pour assurer une nouvelle dynamique aux accords de Lancaster House (24 juillet 20

 * Construire la défense européenne à partir des capacités    

 *  Enabling the future. European military capabilities 2013-2025, by James Rogers and Andrea Gilli (EUISS)

 * http://www.defense.gouv.fr/irsem/publications/lettre-de-l-irsem/lettres-de-l-irsem-2012/lettre-de-l-irsem-n-4-2012/dossier-strategique/les-etats-unis-et-le-traite-de-defense-franco-britannique 

 

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