Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Le journal d'Erasme

La sortie de crise passe par une politique commerciale offensive, par Eric Peters

20 Avril 2013, 15:03pm

Publié par ERASME

Lors du Conseil européen de février, l’attention médiatique s’est portée sur l’accord budgétaire. Mais ce succès en a éclipsé un autre : l’adoption d’un programme de négociations commerciales bilatérales impliquant notamment les Etats-Unis, le Japon, l’Inde, le Canada, le Brésil et le Vietnam. C’est assurément l’agenda commercial le plus ambitieux au monde.

Il s’appuie sur un constat simple : pour une économie moderne, l’intégration dans les échanges mondiaux n’est plus une option mais est un élément essentiel et nécessaire à sa croissance. Les entreprises doivent accéder à une croissance mondiale à 90 % hors d’Europe.

Cette inflexion traduit aussi un sentiment d’urgence lié à l’accélération du temps. La Chine a doublé sa richesse par habitant en 10 ans, alors qu’il en a fallu 60 aux Etats-Unis. En 2025, les pays émergents représenteront 50 % de la consommation mondiale. La révolution digitale provoque une réorganisation de la géographie des centres d’innovation et de croissance. Les gagnants seront ceux qui auront adopté une stratégie d’intégration ciblée sur la valeur ajoutée. Pour le faire, l’UE dispose d’une monnaie d’échange clef, son marché intérieur, dont la valeur s’érode face à la montée de l’Asie. En somme, l’Europe dispose d’une fenêtre d’une quinzaine d’années pour renforcer son positionnement mondial et refuser le déclin.

Les orientations proposées par la Commission comportent 4 ruptures :

1. Face au blocage des négociations multilatérales, l’UE doit adopter une stratégie d’engagement avec tous ses partenaires clefs via des accords de libre-échange (ALE). Ainsi, des négociations vont s’ouvrir avec les Etats-Unis et la porte n’est plus complètement fermée à la Chine.

2. Ces négociations doivent créer de nouvelles opportunités et renforcer la réciprocité des échanges. L’expérience montre que c’est possible : l’ALE avec le Canada devrait fournir aux entreprises européennes un accès aux marchés publics canadiens privilégié par rapport à leurs concurrents américains.

3. L’UE doit adopter une approche ouverte et différenciée. Avec les pays développés, l’enjeu est d’assurer une convergence des réglementations pour favoriser à terme une relance des négociations multilatérales.

4. L’UE doit articuler sa politique commerciale avec son marché intérieur, en assurant que les réglementations tiennent mieux compte des contraintes de l’échange. Par exemple, chaque partenaire s’engagerait à consulter l’autre avant de modifier ses réglementations.

Avec une telle stratégie, l’UE se donnerait les moyens de projeter ses intérêts d’une manière positive et ambitieuse en faveur de la croissance et des emplois : la conclusion des négociations en cours générerait à elle seule 275 milliards d’euros, soit l’économie du Danemark ou 20 millions d’emplois.

Le leadership politique sera déterminant car les négociations seront difficiles et complexes. David Cameron et Angela Merkel l’ont bien compris. Ils ont ainsi déjà soutenu clairement un ALE avec les Etats-Unis.

La France aura une partition non moins importante à jouer. Face au leitmotiv du colbertisme mercantile, elle pourra s’inspirer de ce que Fénelon écrivait dans « Les Aventures de Télémaque » sur le secret de la prospérité des Phéniciens : « Soyez constant dans les règles du commerce ; qu’elles soient simples et faciles [...]. Il n’y a que le profit et la commodité qui attirent les étrangers chez vous ; si vous leur rendez le commerce moins commode et moins utile, ils se retirent insensiblement et ne reviennent plus, parce que d’autres peuples, profitant de votre imprudence, les attirent chez eux, et les accoutument à se passer de vous. »

En savoir plus sur http://archives.lesechos.fr/archives/cercle/2013/04/19/cercle_70847.htm#GzFucWK649EVE1UE.99

Eric Peters est Conseiller au Bureau de politique européenne du président de la Commission européenne. Auparavant a occupé les fonctions de Chef adjoint de Cabinet de Peter Mandelson, Commissaire européen au Commerce international et de Conseiller diplomatique de Christine Lagarde.
 

 

Commenter cet article