L’innovation responsable

Publié le par ERASME

Les sociétés démocratiques cherchent désormais à proposer des solutions durables aux enjeux du XXIe siècle, et la prise en compte de la notion de responsabilité dans l’innovation devient ainsi cruciale, notamment pour les pays de l’Union Européenne les plus à la pointe de l’innovation. La science et la technologie n’apparaissent désormais plus uniquement comme étant sources de progrès mais aussi comme étant porteuses de nouveaux risques (nucléaire, bactéries résistantes aux antibiotiques, pollution liée aux activités industrielles, nanotechnologies, organismes génétiquement modifiés). Il convient donc de trouver un équilibre entre la nécessité d’encourager une innovation rapide pour rester économiquement compétitif à court terme, et la nécessité de prendre en compte les conséquences à long terme de l’innovation, sa durabilité et son acceptabilité sociale. Les réflexions sur la science et l’innovation responsables ont donc un rôle important à jouer au sein du débat public et commencent à être intégrées dans les pratiques scientifiques et industrielles.  

Ce dossier présente le concept d’innovation responsable, avant de s’intéresser aux expériences en la matière menées aux Pays-Bas, aux États-Unis puis au Royaume-Uni et en France par différents acteurs de la recherche et de l’innovation. Les notions de gouvernance et de l’implication du grand public sont ensuite abordées.  

Introduction

L’innovation est au coeur de la stratégie Europe 2020. Avec une population vieillissante et une forte compétitivité due à la globalisation, l’Union pour l’innovation, une des sept initiatives phares de la Commission Européenne, a pour but d’améliorer les conditions et l’accès au financement de la recherche et de l’innovation en Europe, afin de s’assurer que les idées innovantes soient transformées en produits et services, créateurs de croissance économique, de bien-être et d’emplois. L’Union pour l’Innovation a également pour objectif d’assurer la compétitivité de l’Union européenne face aux États-Unis et aux pays émergents (Chine, Inde et Brésil), afin de répondre à la crise économique, sociale et énergétique actuelle, et être en mesure de relever les nouveaux défis démographiques à moyen et à long termes.

De plus en plus de gouvernements investissent fortement dans la recherche et l’innovation pour accroître leur croissance économique et s’assurer prospérité et développement durable. Mais qu’appelle-t-on exactement « innovation » ?

Une innovation est une invention qui donne lieu à une application se traduisant par une mise sur le marché réussie d’un produit ou d’un service. C’est la capacité à transformer des idées créatives en produits compétitifs qui permettent d’améliorer la qualité de vie et sont sources de croissance et d’emploi. L’OCDE définit quatre types d’innovation dans la troisième édition du Manuel d’Oslo (2005) :

* l’innovation de produit - modifications significatives des caractéristiques des biens ou des services ;

 * l’innovation de procédé - changements significatifs dans les méthodes de production et de distribution ;

 * l’innovation organisationnelle - mise en oeuvre de nouvelles méthodes d’organisation ; 

  * l’innovation de commercialisation - mise en oeuvre de nouvelles méthodes de commercialisation.

L’innovation n’est pas un processus linéaire entre la recherche fondamentale et l’entreprise. Il s’agit au contraire d’un processus complexe qui implique tout un ensemble d’acteurs interconnectés à tous les stades, et doit également prendre en compte les utilisateurs qui peuvent participer pleinement à sa conception.

Pour ne considérer qu’un passé proche, le XXe siècle a vu fleurir quantité d’innovations, dorénavant in-tégrées dans notre vie quotidienne. Au-delà de la ré-ponse à des besoins matériels ou à des questions de qualité de vie, l’innovation a aussi le potentiel d’adresser les grandes problématiques auxquelles l’humanité est confrontée, qu’il s’agisse de changement climatique, sécurité alimentaire ou encore santé. L’innovation a ainsi la capacité d’avoir des impacts sociétaux conséquents, pour le meilleur, mais aussi parfois pour le pire. Les domaines technologiques/scientifiques brièvement exposés ci-dessous sont particulièrement susceptibles de soulever des questions de responsabilité (ces exemples sont repris plus en détail dans la suite du rapport).

Originellement développé à des fins militaires par le Pentagone aux États-Unis, l’Internet a drastiquement modifié notre vie de tous les jours, tout en représentant un réseau d’échange d’informations non protégé pouvant être à l’origine de fraudes en tous genres. La sécurité informatique, et notamment l’accès aux données personnelles, est désormais un réel souci pour l’opi-nion publique. Si les OGM (organismes génétiquement modifiés) ont pu être présentés tels la solution au pro-blème de sécurité alimentaire, les potentiels risques pour la santé humaine et les applications qui en ont été faites, perçues comme permettant aux producteurs de réduire les coûts sans bénéfices directs pour le consommateur, ont mené à un problème d’acceptabilité et de confiance de l’opinion publique. Les nanotechnologies (étude de la fabrication et manipulation de molécules et d’atomes à une échelle comprise entre 1 et 100 nm) ont le potentiel de créer de nouveaux matériels avec tout un éventail d’applications. Cependant, les mêmes inquiétudes liées à toute nouvelle technologie y sont associées, et en particulier toxicité et impact sur l’environnement. Les nanotechnologies n’ont pas été accep-tées par le public, au même titre que les OGM il y a un peu plus de 10 ans, et des protestations violentes ont eu lieu en France en 2009.

Chaque nouvelle technologie apporte son lot de craintes et de peurs, et il y a de plus en plus d’inquiétudes quant à l’impact sur le long terme de ces nouveaux développements. Les gouvernements investissent continuellement en termes de recherche et d’innovation afin de rester compétitifs, d’augmenter leur croissance économique et d’assurer leur prospérité. L’acceptation par le grand public de nouvelles technologies permettant de répondre à des questions sociétales majeures, ainsi que la nécessité d’innover de façon responsable, restent cependant les deux freins à l’utilisation de ces nouvelles technologies. Il convient donc de trouver un équilibre entre le besoin d’innover et le besoin de le faire de façon responsable, et il est aujourd’hui de la responsabilité de l’innovateur, qu’il s’agisse d’un individu, d’une compagnie privée ou d’une administration publique, de faire en sorte que les produits et services développés satisfassent le public et soient acceptés.

Ce dossier aborde dans une première partie la notion de responsabilité de l’innovation, puis les prémices d’expériences en termes d’innovation responsables dans différents pays, et enfin, les questions de gouvernance et d’implication du public.  

Voir le document : 2465 Innovation-Resp-08-2011 2465 Innovation-Resp-08-2011  

Voir également : 

 * Options for strenghening Responsible Research and Innovation (EU Report)  

http://www.cairn.info/zen.php?ID_ARTICLE=NSS_194_0405

Quelle innovation pour quelle croissance ? 

* Défi de la citoyenneté : "Socialiser l'innovation : un pari pour demain" 

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