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Le journal d'Erasme

Le XXIe siècle : une nouvelle chance pour l'Espace Atlantique, par Eric Peters (Les Echos)

16 Avril 2012, 15:00pm

Publié par ERASME

Alors que le retour des États-Unis dans la zone pacifique est à la une, il est une réalité plus discrète, mais non moins importante : l'intégration des économies de l'Union européenne (UE) et des États-Unis (EU) est en passe de franchir un cap décisif.

Lors du sommet EU–UE de la fin 2011, un groupe de travail de haut niveau a en effet été chargé d'explorer les moyens de stimuler l'emploi et la croissance par le développement du commerce et des investissements. Ces travaux, toujours en cours, ouvrent la perspective réaliste d'un marché commun transatlantique. Après plusieurs décennies d'hésitations et de projets avortés, la conjoncture n'a jamais été aussi favorable à un rapprochement transatlantique.

Les enjeux économiques d'un tel accord n'ont jamais été aussi considérables. Ensemble, les États-Unis et l’UE pèsent 48 % de la production mondiale, 30 % des échanges mondiaux, plus de 2/3 des investissements étrangers. Les EU investissent plus en Belgique qu'en Chine ou en Inde, tandis que les investissements européens aux EU sont huit fois plus importants que ceux à destination d'Inde et de Chine réunies. Les gains à attendre d'un accord de libre-échange sont à la mesure de cette relation unique en son genre qui génère 15 millions d'emplois et dont le commerce quotidien atteint presque 2 milliards d'euros.

Le démantèlement des tarifs industriels produirait une croissance supplémentaire de l'ordre de 0.5 % à 1 %. La contribution des services commerciaux – services professionnels, distribution, services financiers ou transport seraient aussi substantiels. Des millions d'emplois bénéficieraient d'une harmonisation de standards et d’une disparition des barrières réglementaires qui pénalisent à la fois les PME et les multinationales. C'est la qualité générale même des relations bilatérales qui en serait améliorée, permettant de mettre fin à des situations telles que celle qui oppose Airbus et Boeing : un jeu à somme nulle qui profite d'abord à leurs concurrents des pays émergents.

L'équation politique d'une initiative transatlantique a été profondément renouvelée. La crise exige que toutes les politiques, y compris la politique commerciale, soient mises au service de la croissance et de l'emploi. L'émergence de l'Asie, le blocage des négociations de Doha et l'exigence de réciprocité dans les relations économiques ont modifié la géopolitique commerciale : un marché commun transatlantique est une formule gagnante à la fois pour ceux qui soutiennent l'ouverture des marchés et ceux qui attendent plus de réciprocité et souhaitent lutter contre le dumping social ou environnemental. Enfin, l'UE, comme les EU, ont appris ensemble que la seule solution pour résoudre les différends passés est de se concentrer sur les sujets d'avenir – technologie, services – et la mise en place de mécanisme de coordinations réglementaires ex ante. 

Le monde politique et économique, y compris des partenaires sociaux, ont bien perçu ces évolutions et les marques de soutien à une initiative transatlantique se sont multipliées. C'est essentiel, car les bénéfices attendus sont à la mesure de la difficulté des discussions techniques. Un succès rapide et ambitieux ne sera d'ailleurs possible sans le leadership déterminé et constant au plus haut niveau, des deux côtés de l'Atlantique.

À cet égard, les nombreux signaux positifs émis par les Chefs d'État et de gouvernement européens montrent que l'Europe est prête à prendre sa part de responsabilité avec ambition et réalisme.

Les conséquences géopolitiques d'un accord transatlantique seraient majeures et doivent être anticipées, notamment à l’égard des pays émergents. L’UE doit en particulier ne pas tomber dans le piège d’une posture défensive et protectionniste vis-à-vis de la Chine, par peur du déclin. Une stratégie d'engagement large et multiple pourrait s'appuyer sur un triple pilier :

1) Face aux glissements tectoniques de la géopolitique mondiale, l'Europe devrait garder un cap clair en faveur du système multilatéral et veiller à ce que les décisions de court terme ne contreviennent pas au renforcement du système multilatéral sur le long terme.

2) L'UE devrait renforcer ses liens avec la Chine, en particulier en matière d'investissements, permettant ainsi aux entreprises européennes de participer à la croissance du marché chinois et de bénéficier d'investissements étrangers.

3) Enfin, l'UE pourrait porter son regard au-delà des EU et compléter l'initiative transatlantique par la constitution d'un Espace Atlantique depuis le Groenland jusqu'au Cap de Bonne-Espérance et du Mexique au Maroc. L'objectif serait de rassembler les énergies des pays industrialisés et en développement qui le veulent autour d'un Espace Atlantique commun de prospérité et de valeurs partagées, en s'appuyant sur le réseau existant d'accords bilatéraux et plurilatéraux (ALENA). Les avantages seraient multiples : constitution d'une zone de production globale, optimisation des chaines de production, couplage avec la croissance future de l'Afrique et de l'Amérique et émergence d'une zone culturelle et géopolitique qui viendrait équilibrer le développement de la zone Asie-Pacifique.

Une telle stratégie permettrait à l'Europe de renforcer son leadership sur la scène internationale et de développer une politique commerciale offensive, qui participe à l’effort de croissance et de lutte contre le chômage. Ce serait une réponse tardive, mais plus actuelle que jamais à l'invitation prononcée par JFK à Independence Hall le 4 juillet 1962 "Les États-Unis sont prêts à souscrire à une déclaration d’interdépendance que nous sommes en mesure de discuter avec une Europe unie des voies et des moyens de former une association atlantique concrète, un partenariat à bénéfices réciproques". À l'aube du cinquantenaire de cette déclaration, il est temps d'en valider la nature prémonitoire si souvent invoquée et d'en prolonger la vision aux défis plus larges de ce XXIe siècle.

En savoir plus sur http://archives.lesechos.fr/archives/cercle/2012/04/16/cercle_45752.htm#ARjo6SQEzopzlxOV.99

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