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Le journal d'Erasme

Comment la France doit-elle se positionner à l'égard du projet de défense antimissile balistique (DAMB) ?

21 Avril 2012, 14:44pm

Publié par Patrice Cardot

La défense antimissile balistique (DAMB) sera l'un des grands enjeux du sommet de l'Otan, à Chicago, en mai prochain. Un haut responsable de la défense nationale a récemment confié à des journalistes spécialistes de défense son point de vue sur cette question délicate.

"La menace existe. Aujourd'hui, c'est l'Iran, mais demain elle peut venir d'ailleurs en Méditerranée. Nous n'allons donc pas nous opposer à la DAMB de l'Otan. Toute la question est celle du Command and Control. Evidemment, il sera d'abord très américain, mais à terme, il doit devenir otanien et nous voulons avoir notre mot à dire. On peut donc discuter.

Nous devons nous méfier de l'impression de sécurité qui pourrait donner prétexte à certains pays européens de renoncer à des efforts pour leur défense.

Pour nous, la DAMB est complémentaire de la dissuasion nucléaire. C'est un instrument dans la panoplie auquel nous ne pourrons pas consacrer des dépenses massives. D'ailleurs, nous ne pourrons pas tout protéger : il va falloir faire des choix.

Pratiquement, nous allons apporter des briques du système "en nature" (détection, etc..). Et nos industriels (MBDA, Astrium, Thalès...) ne peuvent pas rester en dehors d'un tel projet. Car, même si la France s'y opposait, ça se ferait quand même. Donc, on ne peut pas dire non ! Il ne faut pas se laisser griser par ce projet, mais on doit demeurer dans la course".

Le point de vue de Bruno Tertrais sur cette question, qui diffère sensiblement du précédent, mérite également que l'on s'y attarde :

Bien des arguments opposables à l’idée des armes conventionnelles modernes comme substitut possible aux armes nucléaires sont également applicables aux défenses antimissiles.

Si elles relèvent de la « dissuasion par interdiction », les défenses antimissiles sont à ce titre encore moins crédibles que les armes conventionnelles : on n’est plus dans la logique de la peur des représailles.

Si elles relèvent de la « limitation des dommages », les défenses antimissiles ne sont pas susceptibles aujourd’hui d’être opposables à une attaque massive, et ne le seront pas plus à l’horizon prévisible. Si elles ont connu des améliorations spectaculaires au cours des deux dernières décennies, leur coût-efficacité reste discutable. Les États-Unis ont dépensé quelques 100 milliards de dollars depuis trente ans dans ce domaine et continuent d’y investir environ 10 milliards par an. Cet investissement ne leur a permis de bénéficier, aujourd’hui, que de 30 GBI (soit une capacité d’interception limitée à 15 missiles au maximum), 60 SM3, et 30 THAAD. Autant dire que l’idée d’une protection complète du territoire contre une attaque massive reste totalement hors de portée financière.

Enfin, à supposer même que la couverture du territoire par les modes de défense (antiaérienne, antimissile balistiques et de croisière) puisse être efficace à un coût acceptable face à une attaque massive, celle-ci ne serait d’aucun secours face à des modes non traditionnels d’emploi de l’arme nucléaire (terrorisme d’État). "

Pour en savoir plus :  

-  Reprenons l'initiative stratégique, par Jean-Patrick Gaviard et Marc-Henri Figuier (Le Monde)

- « Défense et illustration de la dissuasion nucléaire », par Bruno Tertrais

(http://www.frstrategie.org/barreFRS/publications/rd/2011/ RD_201105.pdf)

- « Peut-on prévoir la prolifération nucléaire ? », par Bruno Tertrais

(http://www.frstrategie.org/barreFRS/publications/rd/2011/RD_201104.pdf)

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