Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Le journal d'Erasme

Retour sur images : Mettre la sécurité au service du développement en la repensant de manière systémique (nouvelle édition) - seconde partie -

25 Novembre 2017, 17:17pm

Publié par Patrice Cardot

Pour la première partie de cet article : http://regards-citoyens-europe.over-blog.com/2011/12/mettre-la-securite-au-service-du-developpement-en-la-repensant-de-maniere-systemique-nouvelle-edition-premiere-partie.html

.../...

L'heure est venue de créer les conditions de l'émergence d'une nouvelle conception de la sécurité articulée sur de nouveaux schémas d'analyse et de gestion (de la mesure à la réparation, en passant par l'anticipation, la prévention , la protection, la parade, etc.) des risques et des vulnérabilités dans les processus complexes qui interviennent dans les mécanismes des échanges internationaux et du développement, en tenant compte du fait que, comme le souligne le rapport global-risks-2011 global-risks-2011, les risques globaux ne se manifestent jamais isolément : les facteurs qui concourent à leur déclenchement, ceux qui concourent à leur développement, et leurs conséquences, sont interconnectés.
Afin de créer les conditions les plus favorables à la convergence des objectifs attachés respectivement à la sécurité et au développement, il est essentiel que les différents agents intervenant dans les secteurs administratif, financier, économique, social, monétaire, juridique et commercial prennent en compte les différents facteurs de risque, de vulnérabilité et de résilience, ainsi que leurs corrélations, qui sont susceptibles d’impacter de manière brutale, à la faveur d’une crise majeure, l’effectivité, l’efficience ainsi que l’efficacité opérationnelles des processus qui ont un impact significatif dans les pays (zones) où la réalisation des OMD et/ou l’accès aux biens publics mondiaux soulèvent de fortes inquiétudes.
Cette triple exigence d’effectivité, d’efficacité et d’efficience rend nécessaire une « juste » appréciation des formes d’occurrence possibles, du degré de probabilité (ou de manière plus opportune, du degré de possibilité) de ces occurrences ainsi que des impacts potentiels des risques qui affectent ou peuvent affecter la performance opérationnelle des modes d’action et la disponibilité des ressources (financements, arsenaux juridiques, instruments de gouvernance, autres ressources) dédiées aux processus impliqués en faveur du développement durable, y inclus aux processus de stabilisation et de sécurisation qui les accompagnent.

Elle requiert également une appréciation globale des défis qui appellent des réponses suffisamment globales pour permettre aux différents types d’opérateurs, nationaux et internationaux, publics et privés, impliqués dans les processus de développement de maintenir leurs capacités d’action en toute circonstance ; des réponses dont le caractère global procède de la nécessité d’une articulation de plus en plus étroite entre les différents instruments et stratégies dédiés à l’identification, au traçage, à la prévention et à la gestion des risques dans les mécanismes et politiques dédiés au développement ; nécessité qui fait désormais consensus au niveau international.
Ces réponses devront permettre de 'connaître et anticiper', de 'prévenir', de 'dissuader', de 'protéger', et 'd'intervenir' pour reprendre les cinq grandes fonctions stratégiques autour desquelles un Etat comme la France articule sa propre stratégie de sécurité nationale, lesquelles offrent un cadre de référence stratégique réellement approprié à notre problématique.
Elles devront se traduire en termes de 'garanties de sécurité', tant positives que négatives, de 'mesures de confiance' et de 'mesures de réassurance', notamment sur les registres financier, monétaire, économique, et commercial ; la cohérence, la robustesse, l’intégrité mais aussi l’effectivité, l’efficacité, l’efficience et la disponibilité opérationnelles de cet ensemble d’instruments ne participant à créer des conditions favorables que s’il est en mesure de couvrir durablement l’ensemble des besoins de gouvernance attachés à la totalité des composantes d’un cycle de crise pour chaque type de crise ; "la 'bonne gouvernance' constituant un facteur clé d'établissement de la confiance qui procure, via le respect des règles formelle, un niveau élevé de sécurité des transactions à un niveau systémique" (cf. Nicolas Meisel
 et Jacques Ould Aoudia in "La bonne gouvernance est-elle une bonne stratégie de Développement ?", cahiers de la DGTPE n° 2007/11 - Novembre 2007 - ould aoudia-11 2007 ould aoudia-11 2007 ).

A cette fin, l’ensemble des agents concernés doivent désormais œuvrer au renforcement de la cohérence d’ensemble de leurs activités de régulation, de programmation opérationnelle, de règlement des différends, et de leurs activités d’évaluation et de gestion du risque, par la voie notamment :

 • d’une meilleure appréciation – au niveau individuel comme sur le plan collectif - des facteurs de risque qui pèsent non seulement sur la performance des politiques d’intervention macroéconomique et structurelle que développent et mettent en œuvre, selon des modes coopératifs et concurrentiels régis prioritairement par la conflictualité de leurs intérêts individuels, les différentes entités stratégiques d’échelle globale ou régionale, les Etats, les sociétés multinationales et autres bailleurs de fonds internationaux qui animent, abondent et étayent le système multilatéral dédié au développement ainsi que, ce qui est encore plus grave, sur les performances socio-économiques des Pays qui bénéficient d’une intervention internationale en faveur de leur développement, 

 • et de formes de gouvernance, de coopération et d’échanges d’informations plus efficaces afin de garantir une meilleure gestion de l’information nécessaire au traçage / marquage de ces facteurs de risques dans leur prolifération tout au long de la chaîne de la valeur, à leur prévention, ainsi qu'à leur gestion lors d’un choc ou d’une crise.

En guise de première conclusion, je relèverai simplement deux éléments significatifs qui sont de nature à confirmer quelquepeu la double pertinence politique et technique des éléments novateurs du présent article :
 • le rapport du FMI évoqué supra rend compte non seulement de l’importance nouvelle que cette institution financière attache à l’identification, à l’évaluation, à l’anticipation et, d'un façon plus générale, à la gestion des risques et tensions systémiques sur les marchés financiers et bancaires, mais également à l'augmentation multidimensionnelle des risques systémiques sur la carte de stabilité financière ;
 • les travaux engagés par l'Assemblée générale des Nations Unies et par  l'Union européenne autour des concepts et des principes du "devoir de protéger " et de la "responsabilité de protéger" s'inscrivent dans cette même démarche quand bien même l'approche de la sécurité demeure encore trop restrictive vis-à-vis des véritables défis ; de réels espoirs existent de les voir déboucher rapidement sur un consensus international suffisamment fort autour de ces éléments novateurs pour en dégager une norme internationale applicable in situ, à l'image du consensus sur le développement de 2005, et en pleine cohérence avec ce dernier (voir à cet égard l'article de ce blog intitulé : Du "devoir" et de la "responsabilité" de protéger ! ).

L'objectif affiché au niveau mondial de parvenir rapidement à plus de cohérence, plus d'efficacité et plus d'efficience dans les mécanismes multilatéraux et internationaux dédiés à la régulation exige d'abandonner nombre des processus qui n'abordent pas les défis à relever de manière suffisamment globale pour pouvoir prétendre leur apporter les bonnes réponses, en leur en substituant d'autres capables d'embrasser dans une même perspective les enjeux politiques, écologiques, économiques, monétaires, sociétaux et technologiques (cf. l'article intitulé : "A la recherche d'une pensée et d'une action politiques à la hauteur des défis globaux !" - A la recherche d'une pensée et d'une action politiques à la hauteur des défis globaux ! (Nouvelle édition) -).
Aussi les Chefs d'Etat et de gouvernements participant au G20 doivent-il agir de manière à doter le système des Nations-Unies et le système de Bretton Wood d'un système de décision approprié à une gouvernance hybride ainsi que des instruments requis pour agir en veillant à ce que les travaux du G20 sur la stabilité financière internationale y soient poursuivis en cohérence avec ceux qui doivent être attachés, d'une part, à une véritable réforme du système monétaire international, et d'autre part, à la mise en oeuvre effective d'une stratégie mondiale pour un développement durable (SMDD), intégrant l'ensemble des objectifs du millénaire et prenant appui sur une batterie d'indicateurs appropriés (cf. notamment à cet égardhttp://www.adequations.org/spip.php?article131#outil_sommaire_1).

Comment garantir la cohérence d’une gouvernance mondiale hybride ?
Pierre Jacquet, Jean Pisani-Ferry et Laurence Tubiana (cf. l'article intitulé "A la recherche d'une gouvernance mondiale hybride" - A la recherche d'une gouvernance mondiale hybride (nouvelle édition) ainsi que Pour une gouvernance mondiale hybride : des principes pour l'action ! (nouvelle édition) -) proposent de penser les priorités de l’action collective internationale en faveur de l'instauration d'une gouvernance mondiale hybride à partir de six principes : 

 * Principe de spécialisation. Il ne s’agit pas seulement ici d’efficacité. À la différence de ce qui se passe à l’intérieur d’un État, où la légitimité procède de la souveraineté populaire et s’organise par délégation globale à l’exécutif, la spécialisation des institutions multilatérales est indispensable à leur légitimité, parce qu’elle permet de spécifier le mandat qui leur est confié par traité, et facilite ensuite leur surveillance par les citoyens. Même s’il a servi de prétexte à des tentatives d’affaiblissement des institutions multilatérales, le principe de spécialisation doit donc être retenu. Il doit aller de pair avec un réexamen périodique du périmètre des institutions, de la définition de leur mandat, et des instruments dont elles sont dotées.

 * Principe de responsabilité politique. Ce principe est complémentaire du premier. Il porte d’abord sur le gouvernement des organisations multilatérales, c’est-à-dire sur la façon dont les États exercent leurs responsabilités d’actionnaires : définition des missions, fixation d’orientations, choix des instruments, coordination entre différentes institutions, contrôle a posteriori. Il touche ensuite au pilotage d’ensemble. Il s’agit ici de fixer les priorités de l’action collective internationale : seule une instance politique (comme l’actuel G7) peut décider si, dans un contexte donné, la priorité doit, par exemple, aller à la négociation commerciale ou à la réforme de l’architecture financière. 

 * Principe d’équilibre. Tant la structure institutionnelle que le poids respectif des normes relatives aux différents domaines sont fortement déséquilibrés. L’ordre international s’est construit sur le primat de l’économique, parce que les États ont trouvé intérêt à commercer entre eux. Cela ne justifie pas que par hystérèse institutionnelle, l’économie reste dominante à l’heure où de nouvelles préoccupations globales– environnement, santé, sécurité – s’imposent ; ni qu’elle bénéficie d’une espèce de présomption de prééminence dans les conflits de normes, lorsque les États sont convenus de faire place à d’autres valeurs que celles du commerce. Il faut donc rééquilibrer le système institutionnel et construire les conditions d’un équilibre des normes. À cet égard, le rapport examine différentes solutions et préconise finalement une méthode procédurale consistant à établir les organisations spécialisées comme « experts légitimes » dont la consultation serait requise en cas de conflit de normes. Concrètement, l’OMC devrait, pour des questions touchant à l’environnement dont elle aurait à traiter, requérir l’avis d’une Organisation mondiale de l’environnement à créer.

 * Principe de transparence et de démocratisation. L’exigence démocratique s’étend dorénavant à l’ensemble des décisions internationales. Cette quête paradoxale d’une démocratisation sans démocratie – puisque la démocratie mondiale n’existe pas – peut se résoudre par la transparence, la délibération et le contrôle. Elle implique l’ouverture aux acteurs de la société civile, notamment experts et ONG. À condition que ces dernières respectent aussi les exigences de transparence, elles ont un rôle à jouer tant dans la préparation en amont de la décision – mais pas dans la décision elle-même – et dans la surveillance de son exécution.

 * Principe de subsidiarité. L’échelon multilatéral n’est pas toujours optimal. La recherche d’une gouvernance globale efficace doit laisser beaucoup de place à la subsidiarité. Ce principe a également valeur tactique : même lorsque, à terme, le bon niveau est multilatéral, la démarche régionale ou plurilatérale est parfois le mieux à même de faire avancer l’action collective, car elle peut s’appuyer sur une certaine affinité des préférences et constituer un champ d’expérimentation utile. La mise en oeuvre de ce principe suppose aussi de renforcer le cadre multilatéral, pour éviter que le développement du régionalisme soit envisagé comme une alternative à l’échelon multilatéral.

 * Principe de solidarité. La montée des problèmes planétaires et l’émergence d’une conscience citoyenne appellent un renouveau de la réflexion sur la solidarité. Celle-ci doit viser d’abord une clarification des fondements de l’aide au développement, ensuite la définition d’un financement adéquat pour les biens publics globaux, sans évacuer la perspective d’une taxation internationale.
Les Etats parties au processus de Doha, en acceptant d'inscrire à l'agenda de ce dernier les questions systémiques sur proposition de la France, semblent avoir enfin compris les enjeux d'une telle refondation de la sécurité pour la mettre au service d'un développement véritable, pas celui pas qu'on propose aujourd'hui !

Les processus de modernisation des Etats méditerranéens qui se mettent progressivement en place sous la pression de populations en souffrance constituent de toute évidence un premier champ opération pour une expérimentation à grande échelle d'une telle refondation (cf. à cet égard De la sécurité durable au Maghreb : un autre regard ! - seconde partie - (nouvelle édition) ).

Donc acte !  

Voir également :

 * "Pour une réforme du système financier et monétaire international dans la perspective d¹une autorité publique à compétence universelle" (Note du Conseil Pontifical "Justice et Paix")

 * Lettre commune du Président Van Rompuy et du Président Barroso aux dirigeants du G20 (Bruxelles - 30 octobre 2011)

 * Pour une gouvernance démocratique (Document d’orientation de la politique de coopération française)  

 * Deux instruments centraux de l'action extérieure de l'Union au service de la stabilité et de la sécurité

 * From Risk to Opportunity : Building a Response to the New reality (Outlook on the Global Agenda 2011)

 * Comment la politique peut-elle retrouver des marges de manoeuvre par rapport à la globalisation ? - nouvelle édition -

 * Bâtir une communauté de destin entre l’Europe et la Méditerranée, par Jean-Louis Guigou (La Revue de Confrontations Europe)

 * Retour sur images : L'annulation de la dette des pays pauvres améliore leurs performances économiques, par Pierre-Antoine Delhommais (Le Monde)

 * Pour un retour du droit au service de la sécurité alimentaire dans le monde (Le Monde)

 * http://www.jean-jaures.org/Publications/Les-notes/Tirerons-nous-les-lecons-des-crises-alimentaires

 * http://www.jean-jaures.org/Publications/Les-notes/La-metamorphose-africaine-defi-pour-le-monde

Commenter cet article